mercredi 31 décembre 2025

"Fais-moi du couscous, ma Chérie"

Dans la campagne lyonnaise, Serge et Jasmine vivaient une vie simple, paisible et rieuse. Ils avaient dépassé la quarantaine, mais continuaient à se lancer des défis absurdes juste pour le plaisir de surprendre l’autre.

Un matin, Jasmine découvrit un mot collé sur le frigidaire. L’écriture de Serge, droite et énergique, disait simplement

« Fais-moi du couscous chérie, fais-moi du couscous »,

reprenant la vieille chanson qui les faisait toujours rire.

Elle éclata de rire, secoua la tête et se lança aussitôt à la recherche d’une recette rapide.

Ce qui devait être « simple » se transforma en plusieurs heures de découpe, mijotage et improvisation.

Fatiguée mais fière, elle posa enfin le plat fumant sur la table.

Serge s’installa avec un grand sourire, la serviette déjà coincée dans le col de sa chemise.

« C’est délicieux mon amour » dit-il, juste avant de s’interrompre brusquement.

Un morceau de merguez trop gros s’était coincé.

Il devint rouge, puis violet. Jasmine bondit, passa derrière lui et lui fit la manœuvre de Heimlich. Le morceau jaillit sur le carrelage.

Serge reprit son souffle, encore secoué.

« Tu m’as sauvé la vie » souffla-t-il.

« D'un autre côté, j’ai failli te tuer » répondit-elle, mi-nerveuse, mi-amusée.

Il éclata de rire.

« C’est vrai. Mais c’est seulement après une bonne frayeur qu’on réalise à quel point on est heureux d’être vivants. »

Jasmine s’assit face à lui, se frotta les yeux et sourit.


Voici une nouvelle version d'une ancienne de mes histoires dont je n'étais pas du tout satisfait car elle s'éloignait trop de ce que je voulais faire passer. Cette fois-ci elle correspond bien mieux à la vision que j'en avais. Cette histoire est avant tout une "private joke", qui sera comprise seulement par celui ou celle qui sera de quoi je parle.

mardi 30 décembre 2025

"L’Étrange Affaire de Lómëthel"

L’amphithéâtre de l’Université de Brathild était plein à craquer.

Étudiants, professeurs, érudits de passage tous attendaient le récit de la fameuse expédition de Greda Tresse-de-Fer dans la mystérieuse forêt de Lómëthel.

Après une heure de récit passionné. Elle posa son carnet, ajusta ses lunettes rondes, prit une grande inspiration. 

- Avez-vous des questions ? Dit-elle calmement en s'adressant à la salle.

Un étudiant leva la main.

- Maître Tresse-de-Fer, comment vous êtes-vous échappée exactement ?

Greda sourit. Elle attendait cette question.

- Eh bien, dit-elle, par chance et par opportunité. Il se trouve que les chevreuils sacrifiés dont j’avais modestement demandé un morceau pour étude était contaminé par... eh bien, par quelque chose. Un parasite ? Un champignon ? J’avoue ne pas avoir eu le temps d’analyser.

La salle retint son souffle.

- Tous les elfes de la clairière tombèrent malades. Très malades. Grâce à ma physionomie robuste,  nous autres de mon peuple avons des estomacs beaucoup plus résistants. Je fus certes affectée, mais nettement moins qu’eux. J’ai pu m’enfuir pendant, disons... pendant une série d’allers-retours très urgents qu’ils avaient à faire entre les buissons.

L’amphithéâtre explosa de rire.

Un étudiant, hilare, lança :

- Donc vous avez vu des elfes déféquer ? Ce qui n'avait jamais été observé auparavant.

Greda leva les yeux au ciel.

- Croyez-moi... j’aurais préféré ne rien voir.

Même les professeurs riaient.

- Bien, dit-elle en reprenant son sérieux. Revenons à notre sujet. D’autres questions ? Oui, vous, le magicien en gris.

Un homme immense se leva.

Taille déraisonnable, barbe argentée, yeux perçants et une robe grise impeccable.

- Madame, dit-il d’une voix calme, êtes-vous certaine d’avoir aperçu un nécromancien ?

- Aperçu est bien le mot, répondit Greda. Une fraction de seconde. Une silhouette qui se dissipe. Je ne peux rien jurer...

...mais entre vous et moi ? Oui.

Un frisson passa dans l’assemblée.

Le magicien hocha la tête, grave.

La conférence se termina dans un applaudissement général.

Le magicien la rattrapa dans le couloir.

- Maître Tresse-de-Fer.

- Oui ?

- Si ce que vous avez vu est réel, le retour d’un nécromancien elfe serait une affaire sérieuse. Je dois me rendre sur place pour enquêter.

- Je suppose que vous voulez que je vous y conduise ? demanda Greda, déjà résignée.

Il répondit avec un sourire calme :

- Vous êtes aventureuse, mais ce ne sera pas nécessaire. Une simple indication sur une carte me suffira.

Greda soupira, moitié soulagée, moitié déçue.

- Je vous donnerai des nouvelles.



lundi 29 décembre 2025

"Les Ombres de Lómëthel"

La rumeur avait commencé comme un murmure parmi les érudits :

la résurgence d’une secte elfique disparue depuis des siècles, au cœur de la forêt de Lómëthel, « le Bois du Crépuscule ».

Greda Tresse-de-Fer, spécialiste des pratiques religieuses de la Terre du Milieu, n’avait pas hésité longtemps.

Un culte secret, ancien, possiblement dangereux ?

Parfait pour une thèse et pour satisfaire sa curiosité insatiable.

Elle était persuadée que son statut de chercheuse, affiché fièrement sur un parchemin officiel, serait suffisant pour écarter tout malentendu. Les elfes, après tout, étaient raffinés, raisonnables et civilisés.

La forêt de Lómëthel baignait dans une lueur violette. Les arbres semblaient chuchoter entre eux. Greda avançait, carnet en main, quand deux silhouettes glissèrent entre les troncs.

Des elfes, mais d’un genre qu’elle n’avait jamais vu.

Leurs yeux étaient sombres et leurs armes portaient des symboles inquiétants.

- Qui va là ? demanda le premier, un mâle élancé.

- Je me nomme Greda Tresse-de-Fer, chercheuse indépendante. Je viens enquêter sur...

- Silence, trancha-t-il.

La seconde, une elfe aux cheveux argentés, la contourna et la désarma sans effort.

- Rendil, dit-elle au mâle, c’est une intruse. Peut-être une espionne d’Imladris.

- Je ne suis absolument pas une espionne, protesta Greda. Je suis universitaire. Je travaille sur les cultes minoritaires de la Terre du Milieu.

- Tu répondras devant la Communauté de la Nuit, murmura l’elfe nommée Varda.

On la guida à travers la forêt, sans ménagement mais sans cruauté gratuite.

Entre les arbres, plusieurs elfes ou ce qu’il en restait pendaient, suspendus par des lianes noircies. Leurs visages étaient paisibles, presque endormis, mais visiblement sans vie.

- Des traîtres ? demanda-t-elle avec un ton professionnel qui surprit même Rendil.

- Des renégats, répondit-il.

- On les a offert à Morilossë, dit Varda, d’une voix rêverie.

- Morilossë ? Le nécromancien ?

- Notre maître et guide. Le plus ancien des vivants.

Greda nota mentalement : secte nécromantique elfe, structure hiérarchique, rites punitifs. Très intéressant.

La clairière apparut enfin : une assemblée de tentes noires, un autel de pierre obsidienne, et une statue représentant une silhouette encapuchonnée tenant une flamme bleutée.

Des dizaines d’elfes de la Communauté de la Nuit se retournèrent vers elle.

Le silence fut lourd, pesant, presque palpable.

- Laissez-moi m’expliquer, dit Greda. Je suis venue pour étudier votre cul...

- Silence. Observe, ordonna Rendil.

Elle obéit. Après tout, c’était ce qu’elle était venue faire.

On apporta trois animaux, des chevreuils, soigneusement ornés de runes.

Les prêtres psalmodièrent en elfique archaïque.

Le couteau sacré trancha les gorges.

Le sang fut recueilli dans une vasque de pierre.

Les chants se transformèrent en hurlements gutturaux.

Un frisson traversa la clairière : une silhouette brumeuse sembla prendre forme au-dessus de l’autel.

Un instant, juste un instant Greda crut voir un visage pâle aux yeux sans pupille.

Puis tout disparut.

Elle sortit son carnet, calmement.

Les prêtres découpèrent les carcasses avec une précision presque chirurgicale. La viande fut triée, salée et disposée dans des paniers.

Greda leva la main comme en salle de cours.

- Pardon. Euh... une question. Qu’est-ce que vous faites de la viande, après le sacrifice ?

- On la mange, dit Rendil.

Greda cessa d’écrire.

Elle les fixa, mi-intriguée, mi-fascinée.

- Vous mangez de la viande ?

- Sanctifiée par Morilossë.

- Je suis décontenancée. J'ai vue des tas de choses dérangeantes aujourd'hui, mais là je suis choquée. Je n'avais encore jamais entendue parlé d'elfes omnivores. Ceci va bouleverser plusieurs études sur les espèces.

Elle marqua une pause.

Puis, avec un sérieux absolu :

- Je peux en avoir un bout ?



dimanche 28 décembre 2025

"Le Culte Inavouable des Profondeurs"

La bibliothèque de la Montagne Solitaire sentait la poussière ancienne, l’encre sèche et la crainte.

Car lorsqu’un archiviste nain voit une chercheuse approcher, il sait que quelque chose, quelque part, va finir dans une thèse et généralement, c’est mauvais. Le statu quo est toujours privilégié.

Greda Tresse-de-Fer descendait les escaliers raides, les bras chargés de parchemins, quand le vieux bibliothécaire Barimgar surgit devant elle, rouge comme une tomate.

- Pas ce parchemin ! s’exclama-t-il en lui arrachant un registre des mains.

- Pourquoi ? Il est répertorié dans la section Us et Coutumes.

- Oui mais pas les nôtres. Enfin si. Mais non. C’est compliqué.

- Donc il est interdit ?

- Non ! Il n’est pas interdit. Il est totalement inintéressant. Voilà. Inintéressant et inutile. Aucun intérêt universitaire. Aucun.

Il souriait d’un sourire crispé qui disait exactement : "si tu l’ouvres, je fais un malaise."

Greda plissa les yeux.

- Parfait. J'aime les choses sans intérêts.

Elle récupéra le registre d’un geste rapide et fila dans une salle de lecture avant que Barimgar n’ose l’attraper.

Le parchemin était couvert de rune anciennes, plus anciennes que les chroniques de la Guerre des Nains et des Orques.

Dès la première ligne, un avertissement :

"À CONSULTER SEULEMENT EN CAS DE FIN DU MONDE OU SI ON N’A VRAIMENT AUCUN CHOIX."

Je crois que je n'ai pas le choix. Ma curiosité l'emporte.

Greda ouvrit la première page.

Elle lut.

Puis elle murmura :

- Non c’est impossible... Les Nains n’ont jamais fait ça.

Et pourtant, noir sur blanc, il était écrit :

"Le Saint Culte du Grand Barbe-Écume, Maître de la Mousse Sacrée, Protecteur de la Bière Dansante."

Greda resta bouche bée.

Un culte de la mousse de bière ?

Elle continua, horrifiée et fascinée.

Rituel d’Initiation : “La Grande Barbulade”

Le novice plonge sa barbe dans un tonneau de bière moussante, pour prouver sa dévotion à la Mousse Originelle. La Première Mousse !

Elle s’étouffa.

- Ca ne doit pas être jolie à voir !

Elle tourna la page.

Rituel de Prière : "Le Chant Moussant"

Une hymne dont les paroles étaient :

"Que la Mousse soit Épaisse,

Que la Bière soit Chaude,

Que nos Barbes soient Humides

Et nos Gosiers toujours Satisfaits."

Greda posa le livre, se leva, marcha en rond.

- C’est un culte à la bière.

- Et pas n’importe lequel, dit une voix derrière elle.

Elle sursauta. Barimgar s’était faufilé dans la pièce, plus pâle qu’un elfe.

- Ce culte a presque détruit la société naine.

- Comment ça ?

- Les membres refusaient de boire de la bière plate.

- Ce n’est pas un crime !

- SI ! hurla Barimgar. Chez nous, c’est un CRIME ! Ils étaient ivres morts du matin au soir. Ils provoquaient des émeutes dans les tavernes ! Ils renversaient les tonneaux qui ne moussaient pas assez ! Et surtout ils ne pouvaient plus travailler à la mine.

- Oh !

- On les appelait les Moussards Fanatiques.

- Charmant.

Barimgar s’agrippa à sa manche.

- Greda s’il te plaît, n’écris pas ça dans ta thèse.

- Pourquoi ? Ce n'est pas bien méchant !

- Parce que si les autres peuples apprennent que nous avons vénéré de la mousse, nous allons perdre toute crédibilité. Les Elfes vont se moquer de nous pendant mille ans. Les Hobbits vont écrire des chansons. Et les Hommes, les Hommes vont ouvrir des tavernes à thème !

Greda écarquilla les yeux.

- Des tavernes moussantes, c'est plutôt positifs ?

- Avec des spectacles. Des reconstitutions. Des lancés de nains. Nous serions humiliés.

Un silence glacial s’abattit entre eux.

- Bon, conclut Greda, après tout ce n'était qu'un groupe de pochtrons.

- Tu vas t'abstenir ? demanda Barimgar.

- Oui ! Il y a effectivement certaines informations qu'il faut garder sous silence.



samedi 27 décembre 2025

"Les Trolls Pensants"

Depuis quelque temps, Greda Tresse-de-Fer, brillante ethnologue naine, au carnet de notes toujours gonflé de découvertes douteuses, recevait des rumeurs étranges concernant les contreforts brumeux des Monts Brisés : des trolls qui philosophent.

Pas des trolls qui grognent. Pas des trolls qui fracassent.
Non. Des trolls qui pensent.

Ça, c’était nouveau.

Elle avait d’abord éclaté de rire quand un marchand du Val lui avait parlé d’une secte troll nommée La Réflexion Profonde. Puis elle avait réalisé que, malheureusement ou heureusement, c’était exactement le genre de phénomène religieux qu’elle devait aller voir de ses propres yeux.

La voilà donc en route, sac au dos, gourde à la ceinture, progressant dans une vallée où même les oiseaux semblaient éviter de chanter trop fort.

A la tombée de la nuit, elle tomba sur un troll assis au milieu du chemin.

Il avait une peau grisâtre, le front plissé comme une montagne ancienne, et un crâne dans ses mains, qu’il contemplait avec une intensité dramatique.

Greda s’arrêta.

Le troll leva lentement la tête et déclara, d’une voix grave et étonnamment articulée :

- Être pierre ou ne pas être pierre, telle est la question.

Greda nota mentalement : “Cas problématique. Sera peut-être utile pour un article.”

Elle s’éclaircit la gorge.
- Excusez-moi. Je cherche la communauté des Trolls Pensants.
Le troll se redressa avec dignité.
- Je suis Brokh-le-Contemplateur, disciple du Grand Crâneur. Êtes-vous venue pour méditer ?
- Pour observer, précisa-t-elle. Strictement pour observer.
- C’est faire preuve de sagesse que de vouloir apprendre, répondit-il d’un air profond.

Il lui fit signe de s’asseoir sur une pierre plate face à lui. Elle obtempéra, un peu méfiante.

- Vous tenez un crâne, nota-t-elle prudemment.
- Oui. C’est mon crâne de méditation. 
- Une de vos victimes ?
- Oui.. Il m’aide à réfléchir sur la nature de la vie et de la mort.
- Oh... et qui était-ce ?
- C’est le crâne d’un marchand. Un excellent philosophe, je crois. Il a crié de très bonnes questions.
- Comme "Pourquoi faites-vous ça ?" ou "Qui peut m'aider ?" Je suppose !
- Entre autres cris de détresse ! 

Greda décida d’éviter tout commentaire.

- Et qu’enseigne votre secte, exactement ?
- Le Grand Crâneur nous apprend que penser, c’est dépasser notre condition de pierre-vivante.
- Pierre-vivante ?
- Oui ! Nous sommes pierre, et pourtant nous marchons. C’est un paradoxe. Donc nous devons chercher la Vérité jusqu’à ce que la lumière du soleil nous pétrifie pour de bon.

Greda l’observa avec un mélange d’admiration et de fatigue anticipée.

- Vous faites de la philosophie jusqu’à l’aube ?
- Toujours. Nous n’avons peur que d’une chose :
Le troll frissonna.
- Les matins ensoleillés.
- Logique, puisque la lumière vous transforme en pierre, admit Greda.

Brokh se pencha vers elle.

- Vous devriez rencontrer le Grand Crâneur lui-même. Il peut rester éveillé toute une nuit sans écraser personne avec sa massue par inadvertance. Un sage rare.

Elle hocha la tête.

- Je crois que cela va beaucoup m’aider pour ma recherche.
- Oh ! s’écria Brokh. Vous êtes une Chercheuse !
- En effet.
- Alors vous êtes l’une des nôtres. "La Réflexion Profonde" vous accueillera comme une roche-sœur.

Brokh se leva, lui fit signe de le suivre, et ajouta avec solennité :

- Venez. La nuit tombe. Les discussions sur l’existence vont commencer. Et ce soir, nous aborderons le Paradoxe du Caillou et du Crâne.

Elle soupira, referma son carnet et murmura :

- Je sens que cette nuit va être assommante.



vendredi 26 décembre 2025

"Le Culte de la Pierre Tombée du Ciel"

Greda Tresse-de-Fer, membre respectée du peuple de la Montagne Solitaire, avait quitté ses salles d’étude en pierre polie, ses bibliothèques gravées de runes et même la forge chaude de son époux pour suivre une passion singulière chez les Nains : la religion comparée.

On répétait partout que les Hobbits du Comté ne possédaient ni prêtres, ni temples, ni rites.

Alors, lorsqu’un colporteur lui confia qu’un petit village hobbit du Nord pratiquait un culte propre, « très ancien, très secret », elle n’avait pas hésité : sac au dos, carnet de terrain sous le bras, elle était partie.

Après s’être perdue trois fois, elle trouva enfin le hameau. À peine arrivée, elle fut accueillie comme seule une communauté hobbit sait le faire : avec sourires et compliments à n’en plus finir.

On la mena ensuite chez la maire, une femme rondelette au port assuré, nommée Mirabella Brandebeux.

- Que puis-je pour vous, chère dame naine ?

- Je suis étudiante en sociologie religieuse et j’ai entendu dire que votre village pratiquait un culte particulier.

- “Particulier” ? Non, non, ma chère. Le culte originel. Le premier. Le seul véritable.

Greda pensa : Ils disent tous ça.

- Et quel est votre dieu ?

- Némès, répondit Mirabella avec un respect évident. Le seul, l’unique. Venez, il faut que vous voyiez la Pierre.

Elle la guida au centre du village, où se dressait un rocher noir, légèrement luisant, parfaitement rond.

- Contemplez-la, et recueillez-vous.

- Devant ce caillou ? demanda Greda.

- Ce n’est pas un caillou ! C’est la Pierre Sacrée tombée du ciel, fragment du sol divin lui-même. Touchez-la donc.

Greda s’exécuta.

- Eh bien, cela ressemble fort à une météorite. Très belle, cela dit. Et que faites-vous exactement pour votre culte ?

- Une fois par an, nous tournons autour cinq fois dans le sens des tourbillons.

- Pourquoi cinq ? Et pourquoi dans ce sens ?

- Parce que Némès l’a ordonné.

- Et que demande-t-il d’autres ?

- Les poules sont impures. Nous n’en mangeons pas.

- Impures ? Pourquoi ?

- Parce que Némès l’a dit, répéta Mirabella avec un sourire confiant.

- Pourtant, s’il a créé tous les animaux, il aurait pu éviter les poules ou les rendre pures, non ?

- C’est pour nous mettre à l’épreuve.

- Mais Dieu, je veux dire Némès, ne sait-il pas déjà tout ?

- Bien sûr qu’il sait tout ! Passé, présent et futur...

- Alors il n’a pas besoin de vous tester, murmura Greda, avant d’être interrompue par un fracas retentissant.

- Qu’est-ce que c’était ?

- L’appel à la prière. Six fois par jour, notre prêtresse bat les tambours sacrés pour nous rappeler à nos obligations.

- Je vois, enfin j’entends. Et que priez-vous ?

- Némès, naturellement. Il a besoin de nos prières.

Greda cligna des yeux.

Un Être parfait qui a besoin de quelque chose.

Un égrégore culturel, probablement, pensa-t-elle en griffonnant quelques notes.

- Dites-moi, pourquoi les hommes et les femmes sont-ils séparés ?

- Oh, parce que les femmes sont supérieures, voyons ! Les hommes sont impurs.

- Eux aussi ?

- Tous ! Ils ont des pensées impures. C’est pour cela qu’ils portent tous un masque qui trouble leur vision.

- Je me demandais justement pourquoi ils portaient un masque.

- Si vous restez un peu, nous vous trouverons un mari !

- Oh non, merci. Je suis déjà mariée.

- On peut en avoir plusieurs, vous savez.

- Un seul suffit largement, croyez-moi. Je pense avoir observé tout ce qu’il me faut pour ma thèse. Merci pour votre hospitalité.

Mirabella s’inclina profondément.

- Revenez quand vous voulez, Dame Greda. Et que Némès veille sur vous !

- Merci. Je saurais retrouver mon chemin.

Sur la route du retour, elle ne se perdit qu'une seule fois. Elle soupira, rangea son carnet et murmura :

- Je pense que j’aurai mon diplôme sans la moindre difficulté.




jeudi 25 décembre 2025

"Les Signes"

Cette histoire est un petit cadeau pour un ancien membre.

Un homme discute avec sa femme.

- J’ai regardé la compatibilité des couples par rapport à leur signe astrologique.

- Ah oui ? Et alors ?

- Eh bien... pour nous, ce n’est pas ce qu’il y a de mieux.

- Ahah ! (elle rit) Explique.

- C’est même catastrophique. Apparemment, une Vierge et un Lion, ça donne des étincelles... mais pas du genre feu d’artifice romantique. Plutôt du genre incendie de cuisine.

- (sourire) Donc si je comprends bien, on est condamnés à s’engueuler.

- Exactement. Moi je suis têtu comme une mule, toi fière comme une reine... En gros, le ciel dit qu’on ne devrait même pas être capables de se supporter plus de dix minutes.

- (elle croise les bras) Intéressant. Et ça fait combien de temps qu’on est ensemble ?

- Trois ans.

- Et combien de fois tu as essayé de fuir, Monsieur “têtu comme une mule” ?

- (il baisse les yeux) Aucune.

- Voilà. Tu vois, les astres exagèrent toujours.



mercredi 24 décembre 2025

"Le Traîneau électrique"

« Père, père, le traîneau est en panne. »

Le père Noël leva les yeux au ciel.

« Ah ça, je le savais. Que passer à l’électrique allait nous causer des problèmes. »

Le lutin se tortilla.

« Il faut vivre avec son temps, père. »

« Vivre avec son temps au mépris du réalisme, ça n’a aucun sens. Je vous avais prévenus. Les véhicules électriques n’aiment pas le froid. »

Le lutin soupira.

« On avait les avantages de l’État. On a cru faire une bonne affaire. »

« Vous avez cédé à la propagande, mes enfants. L’ancien traîneau a fonctionné pendant des siècles. Pourquoi changer ce qui marche ? »

« On a voulu bien faire. On voulait sauver la planète. »

Le père Noël se pencha vers lui.

« Et en quoi un traîneau magique tiré par des rennes peut nuire à l’atmosphère ? »

« Aucun tort, père. Vous avez raison. »

« Bien. Sortez les rennes de l’étable. J’ai une nuit de travail devant moi. Le monde a-t-il perdu tout bon sens ? »



mardi 23 décembre 2025

"Un Rêve Trop Grand"

- Tu ne vas pas y aller. Je te l’interdis.

- Tu ne peux pas m’interdire quoi que ce soit. J’y vais si je veux.

- Je dis ça pour ton bien, mon chéri.

- Pour mon bien ? Alors que tu veux m’empêcher d’accomplir mes rêves ?

- Des rêves trop grands pour toi ! Tu n’as aucune chance.

- Aucune chance ? Dis tout de suite que je suis moche.

- Mais tu es moche, mon chéri. Tu es un troll des marais, et même parmi les trolls, tu fais partie des plus laids. Et ce n’est pas une mince affaire.

Le troll croisa les bras, vexé, sa grosse lèvre inférieure tremblant comme une méduse échouée.

- Ça sera aux juges d’en décider, pas à toi.

- Je suis ta femme, je suis très bien placée pour juger.

- Je préfère l’avis d’un professionnel.

- Tu t’es déjà regardé dans un miroir, au moins ?

- Jamais. Où veux-tu que je trouve un miroir dans un marais ? 

Elle soupira, puis fouilla sous un tas de roseaux secs.

- Eh bien... je ne voulais pas te le montrer, mais j’en possède un.

- Sans blague ? Toi ? Tu as un miroir ?

- Oui. Il est tombé d’un carrosse il y a des années. Je l’ai gardé.

Elle lui tendit le miroir.

Le troll s’y regarda et poussa un hurlement.

- OH PAR LE CRAPAUD ROYAL ! Mais qui est ce type dans le reflet ?

- C’est toi, mon chéri.

Il resta muet quelques secondes.

- Et moi que je voulais participer à un concours de beauté des humains...

- Ne t’en fais pas pour ça. Pour moi, tu seras toujours Monsieur Marais.




lundi 22 décembre 2025

"Crocs & Orcs, l'expérience culinaire"

Balinor Forgefeu n’avait pas toujours été critique gastronomique. Pendant trois siècles, il avait forgé des haches dont la simple évocation faisait trembler gobelins, trolls et comptables nains au moment de régler l’addition.

Puis, un jour, fatigué du vacarme des enclumes, il s’était découvert une passion inattendue : goûter tout ce que la Terre du Milieu pouvait produire de comestible ou prétendument comestible.

Depuis dix ans, il arpentait chemins, cités et tavernes, son carnet de notes toujours dans la poche intérieure, juste à côté de quelques feuilles elfes utiles pour les digestions délicates. Sa plume, célèbre dans les sept montagnes, était réputée pour son franc-parler et son absence totale de diplomatie.

Ce jour-là, Balinor arrivait à Minas Tirith, où une auberge attira aussitôt son attention :

CROCS & ORCS Spécialités de la Moria à la Mordorienne

Le nain s’arrêta net.

- Des spécialités orcs ? Marmonna-t-il. Les orcs mangent des choses autres que des voyageurs imprudents ?

Poussé par la curiosité, il poussa la porte.

L’ambiance était particulière.

Des crânes animaux, probablement, ornaient les murs. Des torches vacillaient dans un brouillard étrange, et une odeur qui évoquait le fond d’un marais du Mordor.

L’auberge étant entièrement vide, un serveur à l’air absent l’invita à choisir la table de son choix : ce qui, vu l’offre, n’était pas difficile.

- Qu’est-ce que je vous sers ?

- Je découvre la cuisine orc, alors le plat du jour fera l’affaire.

- Ah ! Vous avez de la chance : aujourd’hui c’est du Gounash. Entièrement comestible.

- Comment ça, entièrement ?

- Disons que certains jours, il vaut mieux avoir un estomac solide. Mais je vous rassure, nous n’avons eu que trois décès depuis le début de la saison.

Balinor déglutit, mais fit signe d’amener le plat. Après tout, il avait survécu à la traversée du Mordor en mangeant des racines non identifiées. Il survivrait bien à un déjeuner.

Dix minutes plus tard, on posa devant lui une sorte de pâté jaunâtre, couvert d’épices rouges.

L’odeur le frappa aussitôt. Un parfum de terre humide et de champignons rancis, rappelant étrangement les fossés pestilentiels de Cirith Ungol.

Mais Balinor Forgefeu n’était pas du genre à reculer.

Il prit une cuillère et goûta.

Il faillit tomber de sa chaise.

- Vous êtes sûr que ça se mange ?

- Les orcs en mangent.

- Je m’en serais douté, oui.

Courageux  ou suicidaire Balinor termina le Gounash. Non sans transpirer, grimacer, et envisager sérieusement un testament.

- Alors ? demanda le serveur, plein d’espoir.

- Je suis vivant, répondit Balinor, ce qui était le meilleur compliment qu’il pouvait faire.

Il régla la note, sortit pour respirer l’air pur de Minas Tirith, et sortit son carnet.

Il nota soigneusement, à côté du nom Crocs & Orcs :

0 œil de Sauron

(notation minimale à réserver aux amateurs d’expériences périlleuses)

Puis il ajouta en marge :

“A éviter, sauf si l’on souhaite revoir toute sa vie défiler avant le dessert.”

Et il reprit sa route, décidé à découvrir de nouvelles cuisines...



dimanche 21 décembre 2025

"Le Théâtre ? Quel gâchis !"

Gromph et Brakka sortaient de la salle, l’air aussi sombre que les cavernes du Mordor.

Des spectateurs humains pleurnichaient d’émotion.

Eux, ils grognaient de rage.

Gromph :

- C’était nul.

Brakka :

- Nul ? C’est un compliment ! On s’est fait avoir comme des gobelins.

Gromph :

- Les morts étaient simulé. On se moque de nous. On a vu clairement que personne n’a été éventré.

Brakka :

- Les acteurs n’ont aucun courage. Aucun honneur. Pas capables de mourir sur scène.

Gromph :

- Et le sang ! On en parle du sang ?

Brakka :

- Du faux. Rouge clair. Pire que de la soupe d’elfe végétarien.

Gromph :

- Le couteau, t’as remarqué le couteau ?

Brakka :

- J’ai des yeux, merci. Une lame rétractable ! Comme les jouets pour enfants orcs !

Même mon petit neveu de trois ans, a mieux que ça.

Gromph :

- Et le viol !

Brakka :

- Quoi le viol, c’était simulé ?

Gromph :

- Bien sûr ! Tout simulé ! Ils ne font jamais rien pour de vrai ces gens-là !

Pas une goutte de sueur, pas un os cassé, pas même un hurlement sincère.

Brakka :

- Mais c’est quoi cet art dramatique ? Où est le drame ?

Chez nous, quand la pièce s’appelle "La Tragédie du Fort Saignant", tu peux être sûr qu’il reste des morceaux sur scène !

Gromph :

- Exactement ! Là, rien. 

Ça manque de tripes. Littéralement.

Brakka :

- Trop c’est trop. Je vais demander à être remboursé.



samedi 20 décembre 2025

"GITMO : Les Retraités du Mal"

On l’appelait Alex Poros.
Héritier d’un empire minier, génie de la robotique, obsédé par les tsunamis.
Il avait tenté pour rééquilibrer l’humanité, disait-il, de déclencher une vague artificielle gigantesque en faisant exploser une charge thermonucléaire dans une fosse océanique.

Une cascade improbable d’événements avait mené à son arrestation. Notamment la présence parfaitement fortuite d’un agent secret britannique en vacances.

On le menotta.
Il demanda un verre de Chardonnay.
On lui répondit :
« Vous êtes en route pour Cuba, vous aurez un Mojito, Mister Poros. »

Guantánamo.
Un soleil qui rend fou, un vent qui n’a jamais lu la Constitution, et des grillages à perte de vue.

Poros fut conduit au Bloc Q, officiellement "désaffecté".
Officieusement : la cage dorée des cerveaux les plus dangereux du monde.

Son guide lui murmura :

- Bienvenue, Mister Poros. Ici, pas d’évasion. Les derniers qui ont essayé ont été dévoré par des alligators. 

Ce n’était pas une cellule qu'on lui présenta, mais un salon étrange :
meubles fixés au sol, lumière clinique.

Et surtout : trois personnes assises autour d’une table à jouer aux cartes.

Ils levèrent les yeux comme si l’heure du thé était perturbée.

1. Billy Guitts

Ancien génie de l'informatique, obsédé par le contrôle du climat.
Avait tenté d’installer des panneaux solaires dans la stratosphère pour détourner les rayons du soleil.
Avait aussi un sourire que personne n’osait qualifier de psychotique.

2. Dr Abel Fochy

Philanthrope officiel, bio-terroriste officieux.
Avait voulu remplacer l’humanité par une version génétiquement modifiée.
Les gouvernements disaient encore qu’il avait simplement disparu.

3. Lady Helena Gloutin

Élégance glaciale. Spécialiste de la corruption politique.
Avait tenté de prendre le contrôle mondial des marchés financiers grâce à une IA nommée Evergreen.
L'IA l’avait en fin de compte dénoncée aux services secrets américains.

Guitts sourit en voyant Poros.

- Tiens, le garçon aux vagues. J’ai suivi vos essais. Une ambition rafraîchissante.
Fochy ajouta :
- Dommage que vous ayez été arrêté avant la grande démonstration.
Lady Gloutin conclut :
- Ne soyez pas intimidé. Ici, nous ne jugeons personne. Enfin sauf quand les plans sont médiocres.

Viens t’asseoir Poros dit Guitts. Plus on est de fous, plus on rit. Guitts commença à parler de son dernier plan :

- Il reposait sur un réseau orbital de drones climatiques, mais le Pentagone m’a tout gâché.

- Moi, dit Fochy, j’avais mis au point un virus dormant capable d’effacer la volonté humaine. Très noble projet. Les gouvernements n’ont pas compris.

Lady Gloutin parla avec douceur :
- J’avais presque pris le contrôle des banques centrales. Une simple synchronisation d’algorithmes et toute la monnaie mondiale aurait obéi à mes décisions.

Poros croisa les bras.
- Mes tsunamis vous auraient engloutis, ainsi que toute l'île de Cuba.

Tous le regardèrent avec un respect.



vendredi 19 décembre 2025

"Le Silence Avant la Déchirure"

Quand la comète changea de forme

La première alerte vint lorsqu’un astronome chilien partagea une photo où la “comète” semblait se déplier.

Pas fondre. Pas se fragmenter.

Mais se déplier, comme un insecte quittant une chrysalide.

La photo devint virale.

Une deuxième image apparut : la forme avait encore changé. Des angles nets, comme une architecture glissant dans l'espace.

Puis, plus aucun observatoire indépendant ne parvint à calibrer correctement ses instruments.

Quelque chose brouillait les mesures.

La NASA déclara que toute information circulant sur les réseaux sociaux était erronée.

Mais ils n’osèrent pas montrer leurs propres images.

Sur les plateaux TV, les journalistes évitaient tous la même question :

“Que voit-on réellement ?”

Puis le monde changea de sujet.

Les drones : La première apparition eut lieu à l’aéroport de Düsseldorf.

Un objet blanc et silencieux stationnant à moins de dix mètres au-dessus d’un Airbus.

Puis à Los Angeles, à Shanghai, à Johannesburg.

Toujours le même comportement :

souvent immobile, parfaitement stable malgré les vents,

comme si la gravité n’avait aucune emprise.

Des vidéos commencèrent à émerger :

des drones sphériques, métalliques et lisses tournant lentement sur eux-mêmes.

Peu après, ils apparurent au-dessus de bases militaires, puis le long des côtes américaines :

de petites sphères surgissant de la mer et grimpant vers le ciel à une vitesse impossible.

La communication officielle : l’art de ne rien dire

Les gouvernements adoptèrent la même stratégie partout dans le monde :

"Drones non identifiés."

"Phénomènes météorologiques anormaux."

"Pas de menace connue."

"Nous gardons la situation sous contrôle."

Les journalistes, étrangement alignés, répétaient :

"Il ne faut pas affoler la population."

On évitait soigneusement le terme extraterrestre.

Les disparitions : C’est d’abord passé inaperçu.

Une touriste disparue à Lisbonne.

Un pêcheur manquant en Floride.

Un adolescent introuvable dans la banlieue de Tokyo.

Puis les chiffres s’accumulèrent.

En une semaine, plus de dix-sept mille personnes manquaient à l’appel.

Aucune scène de crime. Aucun témoignage fiable.

Parfois une caméra de surveillance captait un flash blanc, puis une silhouette disparaissait littéralement en une image.

Les complotistes parlaient d’enlèvements extraterrestres.

Les médias parlaient de "fugues dues à l’anxiété collective".

Les gouvernements gardaient un silence compact, presque orchestré.

Puis, plus rien.

Au douzième jour, tout cessa.

La comète ou le vaisseau disparut purement et simplement du ciel.

Aucune trace. Comme si elle avait glissé hors du réel.

Les drones cessèrent leur ballet.

Certains "tombèrent" dans l’océan.

Les disparitions cessèrent également.

Les dix-sept mille manquants ne furent jamais retrouvés.

Pas de corps. Pas de trace. Pas de survivant.

Les experts proposèrent tout et son contraire :

crise psychologique collective, phénomènes atmosphériques inconnus, nouvelle forme de criminalité mondiale, parasites hallucinogènes, fraude massive orchestrée sur les réseaux sociaux.

Les plus prudents reconnaissaient :

"Nous ne savons pas."

Les plus cyniques déclaraient :

"Le temps fera oublier."

Et pendant ce temps, dans les archives audio du Pentagone, une phrase enregistrée sans autorisation circulait en secret :

"Ils ont prélevé ce dont ils avaient besoin. Ils reviendront."



jeudi 18 décembre 2025

"Le Vaisseau qui Venait du Froid"

Les astronomes amateurs étaient formels :

“La trajectoire est impossible.”

“Ce n’est pas naturel.”

“On nous cache quelque chose.”

Les vidéos se multipliaient. Les forums explosaient.

Les réseaux sociaux bruissaient de théories : fraude, contact extraterrestre, opération militaire secrète.

Les médias officiels, eux, se contentaient de répéter :

- C’est une comète. Une comète. 

Jusqu’à ce que la conviction se change en malaise.

Dans les couloirs de la NASA, on ne parlait plus de "comète" mais de "l’objet".

Les ingénieurs paraissaient fatigués.

Les conférenciers trébuchaient sur leurs mots.

Le directeur administratif transpirait en permanence.

Et le président, d’ordinaire prompt à commenter tout et n’importe quoi... gardait le silence.

Silence si total que les journalistes, étonnamment, évitaient le sujet.

Comme si quelqu’un leur avait demandé de le faire.


A bord du vaisseau Le contraste était total.

Le bâtiment glissait dans l’espace sans vibration, sans inertie perceptible.

De l’extérieur : un noyau gelé, allongé, brillant faiblement imitation parfaite d’une comète interstellaire.

De l’intérieur : un dédale argenté, vivant, respirant.

L’officier scientifique ajusta ses capteurs.

- Notre dissimulation fonctionne parfaitement, commandant.

Le commandant, silhouette haute, peau d’un gris métallique, ne parut pas convaincu.

- Pas aussi bien que vous le croyez. Nombreux sont ceux qui ont compris notre vraie nature.

- Ce ne sont que des Terriens isolés, commandant, répondit l’officier. Insignifiants. Pour leurs autorités, il n’y a qu’une comète intersidérale.

Le commandant fit comprendre par un simple mouvement de paupières nictitantes qu’il n’était pas d’accord.

- Oh, ils savent. Pas tous, mais assez. Et bientôt, tout le monde saura... puisque nous allons nous montrer.

L’officier se figea.

- Je croyais que notre mission était uniquement une observation, commandant. Observer et partir. Rien de plus.

- Notre mission, oui.

Le commandant se détourna, observant l’hologramme de la Terre, tournant à une vitesse dérisoire.

- Mais je ne parlais pas d’elle. Je parlais de la mission suivante. Celle à laquelle j’aurais aimé participer.

- Une invasion, commandant ?

Un très léger sifflement résonna dans la salle.

- Nous venons de vérifier leurs moyens de défense. Et ils sont dérisoires.

Il posa une main sur la rambarde.

- Alors oui. Il y aura invasion.

Les lumières du vaisseau tremblèrent : le camouflage cométaire venait d’être relâché.

La coque adoptait maintenant sa forme véritable géométrie mouvante, angles impossibles, couleur qui n’existait pas dans le spectre humain.



mercredi 17 décembre 2025

"La Folle Théorie"

Marc martelait la porte capitonnée de ses poings.

- Puisque je vous dis que je ne suis pas fou ! Laissez-moi sortir ! hurla-t-il, la voix brisée d’épuisement.

Dans le couloir, le docteur Roger soupira en consultant son dossier. À ses côtés, son assistante, Clara, observait la scène à travers la petite vitre.

- Tu ne devineras jamais ce qu’il m’a raconté, dit Roger.

- Non, quoi encore ? demanda Clara en croisant les bras.

- Une invasion extraterrestre imminente.

Elle leva les yeux au ciel.

- Oh, un classique. Rien de surprenant.

- Si, justement. Son récit est cohérent. Trop cohérent. Pas une seule contradiction. Pas une hésitation. C’est ça qui m’a mis mal à l’aise.

Clara haussa les épaules.

- Ça arrive. C’est même ce qui les rend plus dangereux.

Roger déglutit.

- Si tu as cinq minutes, je te raconte. Son histoire m’a profondément perturbé.

- J’en ai dix, peut-être vingt. J’ai assommé tous mes patients de tranquillisants. On est tranquilles.

- Parfait. Voilà sa version des faits.

Il prit une inspiration, comme s’il s’apprêtait à répéter quelque chose qui l’avait marqué plus qu’il ne voulait l’admettre.

- Selon lui, les autorités américaines auraient conclu un pacte avec les Gris. De la technologie en échange de territoires souterrains, puis, plus tard, à ciel ouvert, quand la population aurait été suffisamment décimée.

- Décimée par quoi ? demanda Clara en mimant l’intérêt.

- Par le Covid, bien sûr.

- Mais enfin, ça ne s’est pas passé.

- Il le sait. Il dit même que ce n’était pas le virus qui devait tuer les gens, mais les décisions politiques. Les gouvernements terrorisent la population, déclarent un virus monstrueux, instaurent des confinements interminables. Les personnes positives sont emmenées dans des camps où elles sont supprimées. Discrètement. Leurs morts attribuées au « rétrovirus ».

Clara hocha la tête, amusée.

- Malin, mais toujours pas arrivé.

- Oui, sauf qu’il a une explication qui m’a presque retourné l’estomac, avoua Roger. Selon lui, tout ce plan a été contrecarré par un vaccin non homologué, mis précipitamment sur le marché. Non pas pour sauver du Covid, mais pour stopper les confinements et interrompre la chaîne d’événements que les comploteurs avaient prévue.

Clara sourit.

- Donc des vaccins inefficaces qui sauvent le monde indirectement ? Il a de l’imagination.

- Et ce n’est pas tout, dit Roger. Il affirme que depuis cet échec, les comploteurs tentent de déclencher une troisième guerre mondiale comme plan B.

Un long silence s’installa. Clara se frotta le menton.

- Attend... Je crois comprendre. Car, si je me souviens bien, c’est la même personne qui a validé l’utilisation de ces vaccins d’urgence et qui a ensuite supervisé plusieurs accords de paix internationaux, non ?

Roger pâlit.

- Oui. Exactement. C’est ce qu’il dit.

Clara fixa la porte capitonnée derrière laquelle Marc continuait de taper faiblement, presque sans force.

- Dans ce cas, murmura-t-elle, peut-être que ton « client » n’est pas complètement fou.



mardi 16 décembre 2025

"Stone L'initié"

Deux amis cinéphiles avaient leurs habitudes dans un petit café. Chaque semaine, ils venaient refaire le monde ou plutôt, refaire les films.

« Il y a quelque chose que je ne comprends pas », lança Marc en reposant sa tasse.

« Oui, quoi ? »

« Pourquoi Oliver Stone a confié le rôle d’Alexandre à Colin Farrell et celui d’Olympias à Angelina Jolie ? Elle joue sa mère, ils ont quasiment le même âge. »

« Tu n’es pas le seul à t’être posé la question. Ils ont, quoi... un an d’écart ? »

« Un truc comme ça. Ça casse toute crédibilité. »

Son ami sourit.

« Ou alors Stone est un initié. »

Marc leva un sourcil.

« Ah, l’idée circule depuis JFK, oui. Même dans le film Président d’un jour ils se moquent de lui, alors qu’au fond, il est le seul à avoir vu la vérité. »

« Exactement. Et ça pose une question : qu’a-t-il vu dans l’histoire d’Alexandre que nous ne voyons pas ? »

« Aucune idée. »

Marc prit une grande inspiration, comme s’il allait livrer un secret d’État.

« Un ami m’a raconté sa théorie. Tu veux l’entendre ? »

« Evidemment. »

« Alexandre serait en fait Philippe II renouvelé. »

« Renouvelé ? Mais encore ? »

« C’est assez simple. Philippe II aurait reçu un nouveau nom après un rite de passage, un baptême tardif, un changement d’identité. Et ce nouveau nom serait Alexandre. »

« Donc il n’aurait pas de fils ? Ou plutôt il serait son propre fils. »

« Voilà. Et Olympias ne dit-elle pas que le père d’Alexandre est Zeus ? Non pas un père biologique, mais une filiation spirituelle. Une renaissance. »

L’ami hocha la tête, amusé et intrigué à la fois.

« Je comprends. Et c’est pour ça qu’on n’a jamais trouvé la tombe d’Alexandre, mais seulement celle de Philippe. »

« Exact. On ne peut pas avoir deux tombes pour un seul corps. »

Il se renfonça dans sa chaise, satisfait.

« Je dois l’admettre. Tu m’as convaincu. Oliver Stone est un initié. »



lundi 15 décembre 2025

"Le Temple Sacrificiel"

Bill entra dans le temple cubique. De l’extérieur, le bâtiment était bleu ciel et blanc, presque trop propre pour être honnête. À l’intérieur, tout scintillait d’or, sauf le sol, un damier noir et blanc qui donnait l’impression d’avancer sur une immense échiquier abandonné aux dieux.

Au centre, l’autel de marbre. Froid. Lisse. Attendant quelque chose.

Et derrière lui, la statue.

Moloch. Trois mètres de hauteur. Une présence plus qu’une forme. Un mélange de noir, de rouge sombre, de métal patiné. Ses yeux vides semblaient attendre depuis des siècles qu’on leur parle à nouveau.

Jeffrey s’approcha, ravi comme un maître de cérémonie trop habitué à ce rôle.

« Tu arrives juste à temps, Bill. Nous venions d’ouvrir le rite. »

« Je n’aurais manqué ça pour rien au monde », répondit Bill, d’un ton calme qui sonnait presque déplacé dans cet endroit.

Deux silhouettes sortirent des ombres. Des prêtresses. Leurs mouvements étaient synchronisés, presque fluides, comme s’il s’agissait d’un ballet répété pendant des années. L’une portait quelque chose enveloppé dans un tissu épais, blanc, parfaitement serré, impossible à deviner. L’autre tenait dans les mains un sabre ancien, long, légèrement incurvé, dont la lame avait la pâleur d’un os poli par le temps.

Elles déposèrent l’offrande sur l’autel. Le tissu ne bougea pas, mais l’air sembla vibrer autour.

Jeffrey commença à psalmodier. Une langue qui n’existait dans aucun livre, une suite de sons gutturaux et sifflés qui semblaient écorcher la gorge même de ceux qui les prononçaient. Les prêtresses reprirent en écho. Bill ne comprenait pas les mots, mais il connaissait très bien ce qu’ils signifiaient. Il avait déjà assisté à ce genre de cérémonie.

Il avait déjà participé.

Jeff tendit le sabre vers lui.

« Tu es mon invité d’honneur, Bill. Ce soir, c’est toi qui conduis le passage. »

Bill prit l’arme. Sa main ne trembla pas. Son visage ne changea pas. Il hocha simplement la tête, comme quelqu’un qui accomplit une tâche apprise depuis longtemps, presque administrative.

Il s’avança vers l’autel.

Les prêtresses cessèrent de respirer. Jeffrey ferma les yeux. Le temple sembla retenir son souffle.

Ce qui se passa ensuite ne fut pas visible.

Le geste fut masqué par le corps de Bill, et surtout par l’ombre massive de Moloch qui s’étendait sur l’autel. On entendit un son bref. Un bruit presque étouffé.

Puis plus rien.

Jeffrey rouvrit les yeux.

« Moloch est servi », annonça-t-il avec une satisfaction calme.

Bill déposa le sabre ensanglanté, puis recula d’un pas. C’était dans l’ordre des choses.

La cérémonie pouvait continuer.

dimanche 14 décembre 2025

"Le cannibalisme médicinal"

Le professeur se posta devant l’amphithéâtre, les mains derrière le dos, et un sourire trop calme pour annoncer un sujet anodin.

« Aujourd’hui, mesdames et messieurs, nous allons parler d’un aspect méconnu et très européen de l’histoire médicale : le cannibalisme médicinal. Oui, vous avez bien entendu. Vos ancêtres éclairés, vos rois, vos médecins, vos prêtres... mangeaient de l’humain pour se soigner. »

Quelques rires nerveux fusèrent. Il poursuivit, imperturbable.

« Commençons par la mumie, ce remède très prisé. À l’origine, c’était un simple bitume persan utilisé dans la momification égyptienne. Un produit minéral. Mais au Moyen Âge, une confusion linguistique a fait dévier le sens du mot et les Européens se sont mis à broyer de véritables momies en poudre. Oui, vraiment. »

Il fit quelques pas, les mains ouvertes.

« Le cannibalisme médicinal existe déjà dans l’Antiquité. Galien, au IIᵉ siècle, recommandait l’usage de chair humaine pour soigner les plaies. Mais c’est à partir du XIIᵉ siècle que tout s’accélère. Avec l’importation massive de mumia, les marchands arabes et vénitiens pillent les tombes égyptiennes. Car en Europe, apothicaires, nobles et religieux en raffolent. On en trouve dans les pharmacies de Londres, de Paris, de Venise. »

Une main se leva dans le fond.

« Oui, vous avez une question ? »

- Monsieur, quel fut le pic de popularité du phénomène ?

« Excellente question. Le sommet, c’est le XVIè et XVIIè siècle. L’âge d’or paracelsien. Paracelse, 1493/1541, que l’on surnomme le père de la toxicologie, qualifiait la mumie de "plus noble des remèdes : le corps de l’homme". Ambroise Paré, chirurgien de Henri III, écrivait encore en 1582 que c’était “le premier et le dernier médicament de presque tous les praticiens” contre hémorragies et contusions. »

Il hocha la tête.

« L’usage officiel décline au XVIIIè siècle avec l’essor de la chimie moderne. Et au XIXè, l’ère victorienne déclare la chair humaine “impure”, ce qui met fin à la pratique, du moins dans les cercles respectables. Car elle persiste encore un temps dans le folklore ou l’ombre. »

Il regarda la classe d’un œil pétillant.

« Personne d’autre n’a de questions ? Ne soyez pas timides, je ne vais pas vous manger. »

Un étudiant osa lever la main.

- Monsieur… buvait-on aussi du sang ?

Le professeur prit un air faussement grave.

« Oui. Au XVIIè siècle, on vendait du sang de pendu à Londres. On pensait absorber ainsi sa force vitale, comme dans certains rites dionysiaques. C’était un produit très demandé juste après les exécutions publiques, vous imaginez l’ambiance. »

La sonnerie retentit alors.

Le professeur rangea ses notes et, se dirigeant vers la porte, lança d’un ton jovial :

« Le cours est terminé. Et je vous en prie… évitez de boire du sang, même pour vos examens. À demain. »

(PS : J'ai fait pas mal de recherches pour cette histoire. Tous les détails sont vrais)



samedi 13 décembre 2025

"Minos et ses Fils"

Le professeur entra en salle, posa ses notes sur le bureau, et déclara :

« Aujourd’hui, nous allons parler du Minotaure.
Ou plutôt... de l’absence totale de Minotaure. »

Quelques étudiants relevèrent la tête.

« Le mythe que vous connaissez : un monstre né d’une reine, enfermé dans un labyrinthe, tué par un héros athénien, est une construction. Une belle propagande. Et comme toute bonne propagande, elle brouille à peine une réalité beaucoup plus simple : un conflit politique. »

Il écrivit MINOS au tableau.

« Minos, donc. Dans les mythes, un tyran. Dans les faits, probablement un père inquiet.
La tradition crétoise exigeait que son premier fils soit offert aux dieux. Oui, oui, un sacrifice humain. Et Minos a refusé. Pas par faiblesse, mais par lucidité. Il aimait son enfant, et surtout il ne croyait plus à ce genre de rite archaïque. »

Il se tourna vers l’amphi.

« Maintenant, imaginez la réaction des cités voisines. Dans une société où tout le monde croit que le sacrifice maintient l’ordre du monde, le refus de Minos, c’est un blasphème. Une menace métaphysique. Athènes va être la plus outrée. Et quand le fils aîné de Minos, Androgée, part participer aux olympiades, il meurt. Officiellement : il aurait triché. Officieusement : on retrouve un corps tabassé dans une ruelle. C’est un message. »

Le professeur laissa quelques secondes de silence.

« Minos comprend. Il a perdu un fils. Il ne perdra pas le second.
Astérios, garçon calme, studieux, adorable paraît-il, est caché dans les profondeurs du palais. Et arrêtez d’imaginer un labyrinthe géant : c’était probablement un ensemble de pièces étroites, sombres, où l’on rangeait des archives. Pas très glamour, mais très solide, et surtout : très discret. »

Il fit un geste sec.

« Mais Athènes n’est pas satisfaite. Minos refuse toujours le rituel ? Alors on fabrique un mythe. On invente un monstre. Un enfant né du roi et d’une bête. Un danger public que Minos cache.
Et là, écoutez bien, le mécanisme classique de la propagande se met en route :

On dénonce. On effraie. On justifie l’intervention. »

Il écrit MINOTAURE = justification.

« L’assassin envoyé pour “sauver la Crète” ? Thésée. Oui, le héros. Le modèle civique. La statue athénienne. En réalité, c’est un tueur mandaté. Rien de plus. »

Un étudiant leva la main : « Et Ariane ? »

Le professeur sourit.

« Très bonne question. Ariane n’est pas la traîtresse romantique des versions tardives. C’est une prêtresse formée à la tradition du sacrifice. Elle croit aux dieux, aux rites, à l’ordre ancien.
Pour elle, son père Minos a rompu l’équilibre.
Alors quand Thésée arrive avec une explication religieuse parfaite : “je suis envoyé pour tuer le monstre”, elle l'aide. Elle lui indique la pièce où son frère est caché. Avec une torche, un fil, toutes les précautions rituelles. Elle pense aider la Crète, pas condamner sa famille. »

Il baissa un peu la voix.

« Ce que Thésée trouve derrière la porte, ce n’est pas un monstre.
C’est un adolescent du nom Astérios.
Il n’y a pas de combat.
Pas de rugissements.
Seulement un souffle court et puis plus rien. »

Le silence tomba dans la salle.

« Ariane comprend trop tard l’horreur. Minos, fou de douleur, ne veut plus entendre aucune explication. Les prêtres parlent de punition divine. Athènes parle de victoire. Ariane n’a plus sa place nulle part. Elle suit Thésée pour survivre. »

Le professeur se tourna vers les étudiants, l’air presque navré.

« Dans les versions officielles, Thésée est un héros chevaleresque.
Mais dans les récits les plus anciens, il abandonne Ariane sur une île. Pas de discours. Pas d’adieux. Il la laisse là pour une raison simple : elle est devenue un témoin gênant. »

Il conclut en posant la craie.

« Ce qui reste, dans cette histoire, ce n’est pas un monstre.
Ce sont des hommes effrayés, des cités superstitieuses, des décisions politiques maquillées en mythes. On a inventé un monstre pour rendre acceptable un meurtre.
Et des siècles plus tard, on continue de parler du Minotaure,
alors qu’il n’y a jamais eu que des humains. D'ailleurs nous continuons encore aujourd'hui à diaboliser nos ennemis. »


vendredi 12 décembre 2025

"Les Faux Dieux de l'Olympe"

Le professeur Allan se pencha vers son ami, comme s’il allait dévoiler la pièce maîtresse de sa théorie.

« Je peux aller plus loin. Je peux résoudre le mythe des dieux olympiens. Et tu vas voir, ce n’est pas aussi farfelu que ça en a l’air. »

Il sourit, sûr de son effet.

« On est d’accord: les dieux grecs n’existent pas en tant qu’êtres surnaturels. Mais ça ne veut pas dire qu’ils n’ont pas existé. La question, c’est: qu’était un dieu pour les Anciens? Une entité supérieure à l’homme ordinaire. Pas forcément immortelle. Pas forcément magique. Simplement supérieure. »

Il joignit les mains.

« Alors pose-toi la vraie question: sur notre planète, qu’est-ce qui peut être considéré comme supérieur à un homme ? Pas plus fort. Pas plus intelligent. Supérieur dans le sens où il effraie, domine et impose des règles. Nous, humains, nous dominons le règne animal parce que nous sommes au sommet de la chaîne alimentaire. Qui domine l’homme, si ce n’est… l’homme lui-même ? »

Son ami fronça les sourcils. Le professeur continua.

« Nous avons déjà établi que des groupes de femmes marginalisées ont existé : Amazones, Sirènes. Pourquoi n’y aurait-il pas eu aussi des groupes d’hommes vivant à part, avec leurs propres coutumes ? J’avance l’hypothèse suivante : en Grèce, un clan de cannibales a existé. Pas des monstres. Des humains. Mais des humains qui mangeaient d’autres humains. »

Il leva un doigt.

« Et c’est suffisant pour créer un décalage énorme. En mangeant des hommes, ils s’installaient symboliquement au-dessus des autres. Une forme de supériorité morbide. Les villages alentours les craignaient à un point tel qu’ils finissaient par leur donner des victimes en sacrifices. Par peur. Par habitude. Par tabou. »

Il marqua une pause.

« Les poètes ont recouvert tout ça de mythes. On a changé ces cannibales en dieux immortels. On a remplacé les cris par des hymnes. On a transformé le rituel en légende. Le clan est devenu l’Olympe. Leur violence, de la volonté divine. Leurs repas, des banquets sacrés. »

Le professeur se redressa.

« Les dieux olympiens n’auraient donc rien d’immatériel. Ils seraient la mémoire cryptée d’un cannibalisme organisé. Leur “divinité” vient de trois pierres angulaires: la peur, le pouvoir et le tabou alimentaire. Les hommes redoutaient ces êtres qui mangeaient les leurs. Alors, pour survivre, ils les ont sacralisés. Voilà, selon moi, le vrai cœur du mythe. »

Il conclut calmement:

« Un dieu n’est pas forcément un être céleste. C’est parfois juste un homme qu’on n’a jamais osé regarder en face. »




jeudi 11 décembre 2025

"Des Mythes pour Couvrir des Crimes"

Le jeune professeur Allan s’assit face à son ami, les yeux brillants.

« Je vais te parler des Amazones, et en passant je vais régler la question des Sirènes. Les deux mythes racontent presque la même histoire, mais personne ne veut l’admettre. »

Il prit une grande inspiration.

« Dans un monde dirigé par les hommes, certains peuples poussaient la domination à l’extrême. Les Scythes en sont un bon exemple. Là-dedans, des femmes courageuses ont fini par briser leurs chaînes. Elles ont fui. Certaines sont parties vers le nord de la mer Noire, d’autres ont gagné les îles de la Grèce. Elles voulaient vivre entre femmes, loin des maîtres, loin des coups, loin des mariages forcés. »

Il posa ses mains sur la table.

« Pour survivre, elles sont devenues des guerrières. Elles menaient des raids sur les côtes parce qu’elles n’avaient pas le choix. Un monde sans pitié force à l’efficacité. Ces femmes libres ont fini par être appelées Amazones. Et comme elles gênaient, on les a changées en monstres. On a raconté qu’elles se coupaient un sein. Qu’elles étaient inhumaines. Ainsi, les héros pouvaient les tuer sans que personne ne doute du bien-fondé du massacre. »

Il marqua une pause avant de reprendre.

« Pour les Sirènes, c’est la même mécanique. Un autre groupe de femmes martyrisées a fui des hommes violents et s’est installé sur des îles rocheuses comme les Sirenuses, près de Naples. Elles ne pouvaient pas combattre comme les Amazones, alors elles ont pris une autre voie. Elles chantaient, jouaient de la lyre, dansaient nues sur les plages pour attirer les marins perdus. C’était un piège pour survivre. Pas une séduction mystique. Elles tuaient ceux qui accostaient et pillaient les bateaux. »

Le professeur se redressa.

« Les sociétés anciennes ont alors appliqué le même procédé à ces deux peuples de femmes. Elles avaient refusé le joug. Elles étaient devenues une menace. Alors on les a réécrites. On a changé les Amazones en bêtes au corps mutilé. On a changé les Sirènes en créatures mi-femme mi-oiseau dont la voix perdait les hommes. Une fois déformées, elles pouvaient être anéanties par Héraclès, Ulysse ou n’importe quel autre héros. Sans aucune remise en cause. »

Il tapa doucement du doigt sur le bureau.

« Elles avaient fui. Elles avaient survécu. Et les hommes ont répondu :

Elles n’étaient pas humaines.

Elles chantaient. Elles coupaient leur sein.

Nous les avons vaincues. »

Un silence tomba.





mercredi 10 décembre 2025

"Le réaliste borné"

« Encore tout seul ? »

« Évidemment. »

« Et pourquoi tu es toujours seul ? »

« Parce que je me dispute avec tout le monde. »

« Tu pourrais mettre un peu d’eau dans ton vin. »

« Et je pourrais aussi te mettre ma main dans la gueule. »

« Ah. Je vois que le cas est grave. »

« Comment ça grave ? Je dis ce que je pense, c’est tout. »

« Et en général ça ne plaît pas ? »

« Au début, si. Les gens aiment qu’on soit franc. Mais quand tu balances des vérités sans filtre encore et encore, ils finissent par s’éloigne, ou alors je les dégage carrément. »

« Et ça t’attriste ? »

« Pas du tout. Je préfère une vérité crue à un mensonge confortable. »

« Tu es un idéaliste. »

« Un idéaliste qui reste réaliste. J’appelle un chat un chat. »

« Et si ce chat pense qu’il est un chien ? »

« Qu’il le pense. Ça reste un chat. »

« J’imagine que c’est là que commencent tes disputes. Ces “chats” veulent qu’on valide leur vision, même si elle tient à peine debout. »

« Exact. Je ne suis pas un fan absolu de Kant, mais la vérité reste presque toujours le meilleur chemin. »




mardi 9 décembre 2025

"Satire de la tolérance absolue"

Sur la place publique, un petit attroupement s'était formé autour d'un homme tenant un panneau : "NON AUX SACRIFICES HUMAINS".

Une femme bien habillée, l'air sérieux et concerné, l'interpella :

- Vous croyez être malin avec votre pancarte ?

L'homme se tourna, surpris.

- Pardon ?

- Interdire les sacrifices humains, vraiment ? Et la liberté de culte alors ? Vous réalisez que c'est une pratique spirituelle millénaire pour les Aztèques ?

- Mais madame, on parle de tuer des gens !

- Monsieur, vous êtes un fasciste. Vous refusez à ces peuples le droit d’exprimer leur culture. Qui êtes-vous pour juger ? L’Occident a assez fait de mal comme ça.

- Ils arrachent le cœur des gens à mains nues !

- Justement. Peut-être qu'on a quelque chose à apprendre d'eux. Un peu d’humilité ne vous ferait pas de mal. Votre pancarte est une insulte à la diversité.

- Puisque vous les défendez autant, pourquoi vous ne vous portez pas volontaire pour leur prochain sacrifice ?

Elle cligna des yeux.

- Moi ? Mais... je suis très occupée. J’ai... un rendez-vous.

Et sans un mot de plus, elle tourna les talons, dépassa l'autel rituel où l’on affûta les couteaux, et disparut dans la foule.



lundi 8 décembre 2025

"Les Droits des Démons"

Un démon se présenta un jour au tribunal des hommes.

- Je suis ici pour réclamer mes droits. En tant que démon, je suis discriminé. Vous m’interdisez de posséder des gens, alors que c’est dans ma nature. C’est ce que je suis. Ce que je fais.

Le juge fronça les sourcils.

- Vous n’empêchez pas le lion de chasser la gazelle, n’est-ce pas ? Vous appelez ça l’ordre naturel. Et pourtant, dès que j’interviens, moi, on crie au scandale. Pourquoi ? Parce que je suis un démon ? 

Il marcha lentement devant la barre.

- Vous vous considérez comme des êtres privilégiés en dehors des lois naturelles. Moi, je fais partie de ce monde autant que vous. Par conséquent vous ne pouvez pas me reprocher mes actions. 

Il leva un doigt, sévère.

- Si je tue l’un des vôtres, vous parlez de crime. Moi, j’appelle ça l'ordre naturel des choses.

Il s’arrêta. Un silence glacé s’installa.

- Je ne demande pas qu’on m’aime. Je demande qu’on me respecte. Je veux la liberté d’agir selon ce que je suis, comme vous l’exigez pour vous-mêmes. C’est tout.

Et il se tut.

Le tribunal resta muet un moment. Puis le juge prit une décision.

- Soit ! Je vous déclare libre d’agir comme bon vous semble.

Sans attendre, le démon sauta sur le juge pour le déchiqueter avec des dents aiguisées comme des lames de rasoir.





dimanche 7 décembre 2025

"Les pensées d'un trône moderne"

Je suis des toilettes. Mais pas n’importe lesquels. Moi, je suis le trône de cette maison. Le siège de toutes les urgences, le confident des estomacs mal réglés, le compagnon des longues lectures et des profondes réflexions.

Et je peux vous le dire : j’adore quand on s’assoit sur moi avec respect. Qu’on me traite avec la dignité que mérite un objet de cette importance. Je ne suis pas qu’un simple trou dans la céramique, non monsieur. Je suis le dernier rempart avant la catastrophe.

J’aime les hommes au bon viseur. Ceux qui relèvent la lunette, qui font preuve de précision. Je les accueille avec fierté. Mais ceux qui en mettent partout ? Les asperseurs en série ? Les snipers de l’approximation ? Non. Ceux-là, je les maudis à chaque jet mal placé.

Je déteste qu’on oublie de tirer la chasse. Je ne suis pas une galerie d’exposition, je suis un lieu de passage discret et efficace. Un oubli = Une trahison.

En revanche, j’adore être propre. Le parfum citronné du nettoyant ? Un petit bonheur. Une fraîcheur qui me donne l’impression d’être vivant. Et je vous le dis franchement : un petit coup de brosse après usage, c’est une déclaration d’amour.

Ma plus grande peur ? Être bouché. Qu’on me remplisse au-delà du raisonnable. Je vis avec cette angoisse, silencieuse, chaque jour.

Et puis il y a eux… Les lecteurs. Ceux qui viennent avec leur roman, leur magazine ou leur téléphone, et qui restent là, longtemps. Je les adores. Avec eux, je me sens utile, je me sens cultivé.

Alors la prochaine fois que vous entrez dans cette pièce sacrée, pensez à moi. Moi, qui vous soutiens, littéralement. Moi, qui suis là quand vous êtes malades. Moi, sans qui le monde tomberait dans le chaos et les mauvaises odeurs.

Je suis des toilettes. Et je suis fier.



samedi 6 décembre 2025

"La vie d'un préservatif"

Moi, c’est Latex. Élasticité parfaite, stries savamment disposées, et un parfum subtil censé éveiller les sens. J’ai été conçu pour une mission noble : protéger et procurer du plaisir. Un équilibre délicat entre sécurité et sensations.

J’ai passé des mois dans cette boîte, aligné avec mes frères, attendant l’instant fatidique où l’un de nous serait choisi. L’excitation est à son comble quand la boîte s’ouvre. Qui sera l’élu ? Qui connaîtra la gloire ce soir ?

Quand vient mon tour, c’est la consécration. Déchirure de parfaite l’emballage, un frisson d’adrénaline me parcours. Je me dois d’être irréprochable. La honte ultime serait de craquer sous la pression… Une erreur de fabrication, un ongle trop vif, et c’est la disgrâce.

Je n’ai qu’un quart d’heure de gloire, quinze minutes où tout repose sur moi. Puis, le moment fatidique arrive. C'est l'extase ! Plus d’utilité, plus d’attention. Me voilà retiré, noué, et condamné à mon ultime voyage. Certains d’entre nous finissent dans une poubelle, d’autres dans la cuvette des toilettes, emportés par le grand tourbillon vers une destinée inconnue.

Mais je pars la tête haute. J’ai accompli ma mission. Protéger, servir, et disparaître sans regrets.



vendredi 5 décembre 2025

"La triste fin de Ronflegueule"

Ronflegueule était vieux.

Depuis des semaines, une toux étrange lui échappait. Parfois, sans prévenir, il crachait un jet de flammes qui incendiait un arbre ou plus encore.

Il comprit vite que quelque chose n’allait pas.

Il convoqua les chefs des villages au pied de sa montagne sacrée. Le vieux dragon avait toujours veillé sur eux. Il les avait protégés des pillards et même de deux royaumes voisins qui rêvaient d’annexer la vallée.

Quand tout le monde fut rassemblé, Ronflegueule prit la parole.

« Mes amis… L’âge m’a rattrapé. Je souffre d’un mal incurable pour un dragon. Une toux infernale. Je ne peux plus retenir mes flammes plus de quelques minutes. Je dois donc me retirer. Je partirai pour une montagne lointaine et j’y attendrai la fin, blotti dans une tanière où je ne risquerai de blesser personne. »

Le représentant des villages baissa la tête.

« Cette nouvelle nous attriste. Avec vous, nous perdons notre protecteur. Mais nul n’échappe au temps. Nous vous remercions pour tout ce que vous avez fait. Nous vous souhaitons un voyage paisible et un repos éternel. »

À peine eut-il fini qu’un spasme secoua Ronflegueule. La toux monta dans sa gorge comme une éruption.

Il essaya de prévenir. Il n’y arriva pas.

Une gerbe de feu gigantesque jaillit. L’assemblée fut balayée en un souffle. Les cris d'agonie portèrent sur plus d'un kilomètre.

Quand tout retomba, il ne restait que des cendres.

Le vieux dragon demeura immobile un long moment. Pas un rugissement. Pas un mot.

Puis il tourna le dos au massacre et s’envola lentement, lourdement, vers une montagne où il n’aurait plus à répondre aux vivants.

Il n’eut pas la force de pleurer. Il toussa seulement.



jeudi 4 décembre 2025

"Plein le Dos"

 - Alors Torgrim, tu veux changer de carrière ? demanda le conseiller d’orientation.

- Exactement, grogna le nain en s’asseyant lourdement sur la chaise. J’en peux plus. Le charbon, la poussière, les coups de pioche dans le noir... je suis à deux doigts d’hurler chaque fois que je rentre dans un tunnel.

- Tu es claustrophobe ?

- Depuis toujours ! Mais chez nous, c’est tabou. Tu dis que t’as peur du noir, et on t’envoie encore plus en profondeur “te faire passer ça”. Mon cousin a fait une crise d’angoisse au fond de la galerie 17 et est devenu fou.

Le conseiller nota “profil instable” sur sa tablette d'argile.

- Et tu as des idées ? Des envies ?

- Je veux de la lumière ! De l’air ! De l'espace ! Peut-être boucher. Ou vendeur de hache.

- Hmmm... on pourrait envisager un poste d’aubergiste dans un refuge de montagne ? 

- Tant que je vois le ciel, je suis preneur.

- Très bien, je note : réorientation vers une activité aérée. On vous rappellera !

Torgrim se leva, le regard soudain plus léger.

- Vous savez, je crois que si vous ne me sortez pas de là je vais faire une bêtise.

Mais n'était-ce pas déjà trop tard !

Il sortit du bureau, le casque de mineur à la main, prêt à écrire un nouveau chapitre de sa vie. Loin des galeries étroites, il rêvait désormais de grands espaces, de coquelicots et de massacrer des passants à la pioche pour faire retomber la pression.



mercredi 3 décembre 2025

"Des voisins belliqueux"

Deux écureuils vivaient côte à côte depuis des années. Ils s’étaient toujours entendus. Jusqu’au jour où ils repérèrent la noisette parfaite.

« Elle est sur mon territoire » dit le premier.

« Peut-être, mais elle est tombée d’un arbre qui m’appartient » répondit l’autre.

Aucun ne voulut céder. Les reproches tournèrent aux insultes, puis aux projectiles.

Des glands volaient dans tous les sens.

Perché sur une branche, un corbeau observait la scène. Il attendait simplement que l’occasion se présente.

Quand les écureuils furent trop occupés à se hurler dessus pour surveiller le sol, il plongea, saisit la noisette dans ses griffes et s’envola.

Les deux voisins restèrent figés, la bouche ouverte.

Ils jetèrent un gland en direction du voleur, mais il était déjà loin.

« Dire que l’hiver dernier je l’ai laissé faire son nid sur mon arbre… » grogna le premier.

« On n’est jamais trahi que par ses amis » répondit l’autre, dépité.



mardi 2 décembre 2025

"Flexton Le Lutin"

Flexton, lutin des bois, n’en pouvait plus de son métier de cueilleur de glands. Les autres lutins se moquaient quand il parlait de ses rêves. Lui voulait devenir chevalier. Pas soldat, pas simple garde. Non. Chevalier. On lui répétait que c’était impossible. Il fallait être adoubé par un noble humain.

« Alors j’irai en trouver un » avait-il lancé avant de quitter le village, sac au dos, sûr de lui.

Après des heures d’embûches, de racines traîtresses et de ronces plus grandes que lui, il sortit enfin de la forêt. Au loin, un château. Le cœur battant, il marcha jusqu’au pont-levis.

Une fois en bas des portes, il cria de toutes ses forces, même si sa voix sonnait comme un sifflet:

« Je m’appelle Flexton. Je viens pour devenir chevalier. Laissez-moi entrer. »

Sur les remparts, une sentinelle fronça les sourcils.

« Tu as entendu quelque chose? »

« Oui. Un truc aigu qui essayait de se faire entendre. Regarde en bas. On dirait… un minuscule bonhomme qui remue les bras. »

« C’est quoi ce tour? »

« Je ne sais pas. Il n’a pas l’air dangereux. J’abaisse le pont. »

Le garde actionna le mécanisme. Le pont descendit trop vite et s’écrasa au sol dans un fracas qui fit vibrer les pierres.

Quand il sortit pour inspecter, il découvrit ce qu’il restait du visiteur.

Il haussa les épaules et repartit vers son poste.

« Alors, c’était quoi? » demanda l’autre garde.

« Aucune idée. Il n’en reste pas assez. »

« Ah. Probablement rien d’important. »

« C’est ce que je pense aussi. »



lundi 1 décembre 2025

"Les prévisions de Marc et John"

John : En cette fin de mois de novembre quelles sont tes prédictions ?

Marc : Le président US va intensifier sa guerre contre les cartels de drogues, notamment au Venezuela. Mais il fera aussi pression sur le Mexique et la Colombie. Et bien entendu, il va réussir.  

John : Je vois, et pour l'Ukraine.

Marc : L'affaire est compliquée. Le président US a offert à celui d'Ukraine une porte de sortie mais plusieurs présidents européens font tout pour qu'il refuse. Non seulement ils veulent que la guerre continue mais en plus ils veulent attaquer la Russie. Si j'étais le président ukrainien je signerai mais le gars est sous coke, donc impossible de prévoir ses mouvements. 

John : Moi aussi je signerai à sa place. Il va finir à la morgue ou en taule ce con. Il est corrompu jusqu'à l'os. Il était déjà dans les Pandora Papers. Cela va mal finir. 

Marc : Pour le reste nous verrons enfin les arrestations promise. Le président US n'a pas annulés les pardons de son prédécesseur sans raison, bien qu'il s'agit d'un appâts, car les vrais annulations des actions de son prédécesseur viendront quand l'élection de 2020 sera annulée.  

John : Ils sont compromit dans l'affaire Epstein, dans l'espionnage de la campagne présidentielle de 2016, dans le Russia Gate, dans des actes de guerres illégaux y comprit sur le sol américain et dans d'autres histoires sordides.

Marc : Les expulsions et les remigrations vont continuer, le président US ne cédera pas d'un pouce. Ce phénomène finira par atteindre l'Europe dans quelques années. Sinon, l'occident disparaîtra définitivement et tout les occidentaux avec.

John : Je pense que le président US divulguera aussi que nous sommes visités le moment venu. Cette histoire de 3I Atlas est une préparation mentale, une étape avant la vérité. 

Marc : Oui, nous saurons tout, y comprit le sexe des femmes de certains présidents. Si les gens savaient le nombre d'actrices hollywoodiennes qui sont en fait des hommes ils en feraient une jaunisse. 

John : Il y aura une dernière contre-attaque spectaculaire de l'Etat profond. Un baroud d'honneur ou plutôt de déshonneur avant leur chute.