mardi 30 décembre 2025

"L’Étrange Affaire de Lómëthel"

L’amphithéâtre de l’Université de Brathild était plein à craquer.

Étudiants, professeurs, érudits de passage tous attendaient le récit de la fameuse expédition de Greda Tresse-de-Fer dans la mystérieuse forêt de Lómëthel.

Après une heure de récit passionné. Elle posa son carnet, ajusta ses lunettes rondes, prit une grande inspiration. 

- Avez-vous des questions ? Dit-elle calmement en s'adressant à la salle.

Un étudiant leva la main.

- Maître Tresse-de-Fer, comment vous êtes-vous échappée exactement ?

Greda sourit. Elle attendait cette question.

- Eh bien, dit-elle, par chance et par opportunité. Il se trouve que les chevreuils sacrifiés dont j’avais modestement demandé un morceau pour étude était contaminé par... eh bien, par quelque chose. Un parasite ? Un champignon ? J’avoue ne pas avoir eu le temps d’analyser.

La salle retint son souffle.

- Tous les elfes de la clairière tombèrent malades. Très malades. Grâce à ma physionomie robuste,  nous autres de mon peuple avons des estomacs beaucoup plus résistants. Je fus certes affectée, mais nettement moins qu’eux. J’ai pu m’enfuir pendant, disons... pendant une série d’allers-retours très urgents qu’ils avaient à faire entre les buissons.

L’amphithéâtre explosa de rire.

Un étudiant, hilare, lança :

- Donc vous avez vu des elfes déféquer ? Ce qui n'avait jamais été observé auparavant.

Greda leva les yeux au ciel.

- Croyez-moi... j’aurais préféré ne rien voir.

Même les professeurs riaient.

- Bien, dit-elle en reprenant son sérieux. Revenons à notre sujet. D’autres questions ? Oui, vous, le magicien en gris.

Un homme immense se leva.

Taille déraisonnable, barbe argentée, yeux perçants et une robe grise impeccable.

- Madame, dit-il d’une voix calme, êtes-vous certaine d’avoir aperçu un nécromancien ?

- Aperçu est bien le mot, répondit Greda. Une fraction de seconde. Une silhouette qui se dissipe. Je ne peux rien jurer...

...mais entre vous et moi ? Oui.

Un frisson passa dans l’assemblée.

Le magicien hocha la tête, grave.

La conférence se termina dans un applaudissement général.

Le magicien la rattrapa dans le couloir.

- Maître Tresse-de-Fer.

- Oui ?

- Si ce que vous avez vu est réel, le retour d’un nécromancien elfe serait une affaire sérieuse. Je dois me rendre sur place pour enquêter.

- Je suppose que vous voulez que je vous y conduise ? demanda Greda, déjà résignée.

Il répondit avec un sourire calme :

- Vous êtes aventureuse, mais ce ne sera pas nécessaire. Une simple indication sur une carte me suffira.

Greda soupira, moitié soulagée, moitié déçue.

- Je vous donnerai des nouvelles.



lundi 29 décembre 2025

"Les Ombres de Lómëthel"

La rumeur avait commencé comme un murmure parmi les érudits :

la résurgence d’une secte elfique disparue depuis des siècles, au cœur de la forêt de Lómëthel, « le Bois du Crépuscule ».

Greda Tresse-de-Fer, spécialiste des pratiques religieuses de la Terre du Milieu, n’avait pas hésité longtemps.

Un culte secret, ancien, possiblement dangereux ?

Parfait pour une thèse et pour satisfaire sa curiosité insatiable.

Elle était persuadée que son statut de chercheuse, affiché fièrement sur un parchemin officiel, serait suffisant pour écarter tout malentendu. Les elfes, après tout, étaient raffinés, raisonnables et civilisés.

La forêt de Lómëthel baignait dans une lueur violette. Les arbres semblaient chuchoter entre eux. Greda avançait, carnet en main, quand deux silhouettes glissèrent entre les troncs.

Des elfes, mais d’un genre qu’elle n’avait jamais vu.

Leurs yeux étaient sombres et leurs armes portaient des symboles inquiétants.

- Qui va là ? demanda le premier, un mâle élancé.

- Je me nomme Greda Tresse-de-Fer, chercheuse indépendante. Je viens enquêter sur...

- Silence, trancha-t-il.

La seconde, une elfe aux cheveux argentés, la contourna et la désarma sans effort.

- Rendil, dit-elle au mâle, c’est une intruse. Peut-être une espionne d’Imladris.

- Je ne suis absolument pas une espionne, protesta Greda. Je suis universitaire. Je travaille sur les cultes minoritaires de la Terre du Milieu.

- Tu répondras devant la Communauté de la Nuit, murmura l’elfe nommée Varda.

On la guida à travers la forêt, sans ménagement mais sans cruauté gratuite.

Entre les arbres, plusieurs elfes ou ce qu’il en restait pendaient, suspendus par des lianes noircies. Leurs visages étaient paisibles, presque endormis, mais visiblement sans vie.

- Des traîtres ? demanda-t-elle avec un ton professionnel qui surprit même Rendil.

- Des renégats, répondit-il.

- On les a offert à Morilossë, dit Varda, d’une voix rêverie.

- Morilossë ? Le nécromancien ?

- Notre maître et guide. Le plus ancien des vivants.

Greda nota mentalement : secte nécromantique elfe, structure hiérarchique, rites punitifs. Très intéressant.

La clairière apparut enfin : une assemblée de tentes noires, un autel de pierre obsidienne, et une statue représentant une silhouette encapuchonnée tenant une flamme bleutée.

Des dizaines d’elfes de la Communauté de la Nuit se retournèrent vers elle.

Le silence fut lourd, pesant, presque palpable.

- Laissez-moi m’expliquer, dit Greda. Je suis venue pour étudier votre cul...

- Silence. Observe, ordonna Rendil.

Elle obéit. Après tout, c’était ce qu’elle était venue faire.

On apporta trois animaux, des chevreuils, soigneusement ornés de runes.

Les prêtres psalmodièrent en elfique archaïque.

Le couteau sacré trancha les gorges.

Le sang fut recueilli dans une vasque de pierre.

Les chants se transformèrent en hurlements gutturaux.

Un frisson traversa la clairière : une silhouette brumeuse sembla prendre forme au-dessus de l’autel.

Un instant, juste un instant Greda crut voir un visage pâle aux yeux sans pupille.

Puis tout disparut.

Elle sortit son carnet, calmement.

Les prêtres découpèrent les carcasses avec une précision presque chirurgicale. La viande fut triée, salée et disposée dans des paniers.

Greda leva la main comme en salle de cours.

- Pardon. Euh... une question. Qu’est-ce que vous faites de la viande, après le sacrifice ?

- On la mange, dit Rendil.

Greda cessa d’écrire.

Elle les fixa, mi-intriguée, mi-fascinée.

- Vous mangez de la viande ?

- Sanctifiée par Morilossë.

- Je suis décontenancée. J'ai vue des tas de choses dérangeantes aujourd'hui, mais là je suis choquée. Je n'avais encore jamais entendue parlé d'elfes omnivores. Ceci va bouleverser plusieurs études sur les espèces.

Elle marqua une pause.

Puis, avec un sérieux absolu :

- Je peux en avoir un bout ?



dimanche 28 décembre 2025

"Le Culte Inavouable des Profondeurs"

La bibliothèque de la Montagne Solitaire sentait la poussière ancienne, l’encre sèche et la crainte.

Car lorsqu’un archiviste nain voit une chercheuse approcher, il sait que quelque chose, quelque part, va finir dans une thèse et généralement, c’est mauvais. Le statu quo est toujours privilégié.

Greda Tresse-de-Fer descendait les escaliers raides, les bras chargés de parchemins, quand le vieux bibliothécaire Barimgar surgit devant elle, rouge comme une tomate.

- Pas ce parchemin ! s’exclama-t-il en lui arrachant un registre des mains.

- Pourquoi ? Il est répertorié dans la section Us et Coutumes.

- Oui mais pas les nôtres. Enfin si. Mais non. C’est compliqué.

- Donc il est interdit ?

- Non ! Il n’est pas interdit. Il est totalement inintéressant. Voilà. Inintéressant et inutile. Aucun intérêt universitaire. Aucun.

Il souriait d’un sourire crispé qui disait exactement : "si tu l’ouvres, je fais un malaise."

Greda plissa les yeux.

- Parfait. J'aime les choses sans intérêts.

Elle récupéra le registre d’un geste rapide et fila dans une salle de lecture avant que Barimgar n’ose l’attraper.

Le parchemin était couvert de rune anciennes, plus anciennes que les chroniques de la Guerre des Nains et des Orques.

Dès la première ligne, un avertissement :

"À CONSULTER SEULEMENT EN CAS DE FIN DU MONDE OU SI ON N’A VRAIMENT AUCUN CHOIX."

Je crois que je n'ai pas le choix. Ma curiosité l'emporte.

Greda ouvrit la première page.

Elle lut.

Puis elle murmura :

- Non c’est impossible... Les Nains n’ont jamais fait ça.

Et pourtant, noir sur blanc, il était écrit :

"Le Saint Culte du Grand Barbe-Écume, Maître de la Mousse Sacrée, Protecteur de la Bière Dansante."

Greda resta bouche bée.

Un culte de la mousse de bière ?

Elle continua, horrifiée et fascinée.

Rituel d’Initiation : “La Grande Barbulade”

Le novice plonge sa barbe dans un tonneau de bière moussante, pour prouver sa dévotion à la Mousse Originelle. La Première Mousse !

Elle s’étouffa.

- Ca ne doit pas être jolie à voir !

Elle tourna la page.

Rituel de Prière : "Le Chant Moussant"

Une hymne dont les paroles étaient :

"Que la Mousse soit Épaisse,

Que la Bière soit Chaude,

Que nos Barbes soient Humides

Et nos Gosiers toujours Satisfaits."

Greda posa le livre, se leva, marcha en rond.

- C’est un culte à la bière.

- Et pas n’importe lequel, dit une voix derrière elle.

Elle sursauta. Barimgar s’était faufilé dans la pièce, plus pâle qu’un elfe.

- Ce culte a presque détruit la société naine.

- Comment ça ?

- Les membres refusaient de boire de la bière plate.

- Ce n’est pas un crime !

- SI ! hurla Barimgar. Chez nous, c’est un CRIME ! Ils étaient ivres morts du matin au soir. Ils provoquaient des émeutes dans les tavernes ! Ils renversaient les tonneaux qui ne moussaient pas assez ! Et surtout ils ne pouvaient plus travailler à la mine.

- Oh !

- On les appelait les Moussards Fanatiques.

- Charmant.

Barimgar s’agrippa à sa manche.

- Greda s’il te plaît, n’écris pas ça dans ta thèse.

- Pourquoi ? Ce n'est pas bien méchant !

- Parce que si les autres peuples apprennent que nous avons vénéré de la mousse, nous allons perdre toute crédibilité. Les Elfes vont se moquer de nous pendant mille ans. Les Hobbits vont écrire des chansons. Et les Hommes, les Hommes vont ouvrir des tavernes à thème !

Greda écarquilla les yeux.

- Des tavernes moussantes, c'est plutôt positifs ?

- Avec des spectacles. Des reconstitutions. Des lancés de nains. Nous serions humiliés.

Un silence glacial s’abattit entre eux.

- Bon, conclut Greda, après tout ce n'était qu'un groupe de pochtrons.

- Tu vas t'abstenir ? demanda Barimgar.

- Oui ! Il y a effectivement certaines informations qu'il faut garder sous silence.



samedi 27 décembre 2025

"Les Trolls Pensants"

Depuis quelque temps, Greda Tresse-de-Fer, brillante ethnologue naine, au carnet de notes toujours gonflé de découvertes douteuses, recevait des rumeurs étranges concernant les contreforts brumeux des Monts Brisés : des trolls qui philosophent.

Pas des trolls qui grognent. Pas des trolls qui fracassent.
Non. Des trolls qui pensent.

Ça, c’était nouveau.

Elle avait d’abord éclaté de rire quand un marchand du Val lui avait parlé d’une secte troll nommée La Réflexion Profonde. Puis elle avait réalisé que, malheureusement ou heureusement, c’était exactement le genre de phénomène religieux qu’elle devait aller voir de ses propres yeux.

La voilà donc en route, sac au dos, gourde à la ceinture, progressant dans une vallée où même les oiseaux semblaient éviter de chanter trop fort.

A la tombée de la nuit, elle tomba sur un troll assis au milieu du chemin.

Il avait une peau grisâtre, le front plissé comme une montagne ancienne, et un crâne dans ses mains, qu’il contemplait avec une intensité dramatique.

Greda s’arrêta.

Le troll leva lentement la tête et déclara, d’une voix grave et étonnamment articulée :

- Être pierre ou ne pas être pierre, telle est la question.

Greda nota mentalement : “Cas problématique. Sera peut-être utile pour un article.”

Elle s’éclaircit la gorge.
- Excusez-moi. Je cherche la communauté des Trolls Pensants.
Le troll se redressa avec dignité.
- Je suis Brokh-le-Contemplateur, disciple du Grand Crâneur. Êtes-vous venue pour méditer ?
- Pour observer, précisa-t-elle. Strictement pour observer.
- C’est faire preuve de sagesse que de vouloir apprendre, répondit-il d’un air profond.

Il lui fit signe de s’asseoir sur une pierre plate face à lui. Elle obtempéra, un peu méfiante.

- Vous tenez un crâne, nota-t-elle prudemment.
- Oui. C’est mon crâne de méditation. 
- Une de vos victimes ?
- Oui.. Il m’aide à réfléchir sur la nature de la vie et de la mort.
- Oh... et qui était-ce ?
- C’est le crâne d’un marchand. Un excellent philosophe, je crois. Il a crié de très bonnes questions.
- Comme "Pourquoi faites-vous ça ?" ou "Qui peut m'aider ?" Je suppose !
- Entre autres cris de détresse ! 

Greda décida d’éviter tout commentaire.

- Et qu’enseigne votre secte, exactement ?
- Le Grand Crâneur nous apprend que penser, c’est dépasser notre condition de pierre-vivante.
- Pierre-vivante ?
- Oui ! Nous sommes pierre, et pourtant nous marchons. C’est un paradoxe. Donc nous devons chercher la Vérité jusqu’à ce que la lumière du soleil nous pétrifie pour de bon.

Greda l’observa avec un mélange d’admiration et de fatigue anticipée.

- Vous faites de la philosophie jusqu’à l’aube ?
- Toujours. Nous n’avons peur que d’une chose :
Le troll frissonna.
- Les matins ensoleillés.
- Logique, puisque la lumière vous transforme en pierre, admit Greda.

Brokh se pencha vers elle.

- Vous devriez rencontrer le Grand Crâneur lui-même. Il peut rester éveillé toute une nuit sans écraser personne avec sa massue par inadvertance. Un sage rare.

Elle hocha la tête.

- Je crois que cela va beaucoup m’aider pour ma recherche.
- Oh ! s’écria Brokh. Vous êtes une Chercheuse !
- En effet.
- Alors vous êtes l’une des nôtres. "La Réflexion Profonde" vous accueillera comme une roche-sœur.

Brokh se leva, lui fit signe de le suivre, et ajouta avec solennité :

- Venez. La nuit tombe. Les discussions sur l’existence vont commencer. Et ce soir, nous aborderons le Paradoxe du Caillou et du Crâne.

Elle soupira, referma son carnet et murmura :

- Je sens que cette nuit va être assommante.



vendredi 26 décembre 2025

"Le Culte de la Pierre Tombée du Ciel"

Greda Tresse-de-Fer, membre respectée du peuple de la Montagne Solitaire, avait quitté ses salles d’étude en pierre polie, ses bibliothèques gravées de runes et même la forge chaude de son époux pour suivre une passion singulière chez les Nains : la religion comparée.

On répétait partout que les Hobbits du Comté ne possédaient ni prêtres, ni temples, ni rites.

Alors, lorsqu’un colporteur lui confia qu’un petit village hobbit du Nord pratiquait un culte propre, « très ancien, très secret », elle n’avait pas hésité : sac au dos, carnet de terrain sous le bras, elle était partie.

Après s’être perdue trois fois, elle trouva enfin le hameau. À peine arrivée, elle fut accueillie comme seule une communauté hobbit sait le faire : avec sourires et compliments à n’en plus finir.

On la mena ensuite chez la maire, une femme rondelette au port assuré, nommée Mirabella Brandebeux.

- Que puis-je pour vous, chère dame naine ?

- Je suis étudiante en sociologie religieuse et j’ai entendu dire que votre village pratiquait un culte particulier.

- “Particulier” ? Non, non, ma chère. Le culte originel. Le premier. Le seul véritable.

Greda pensa : Ils disent tous ça.

- Et quel est votre dieu ?

- Némès, répondit Mirabella avec un respect évident. Le seul, l’unique. Venez, il faut que vous voyiez la Pierre.

Elle la guida au centre du village, où se dressait un rocher noir, légèrement luisant, parfaitement rond.

- Contemplez-la, et recueillez-vous.

- Devant ce caillou ? demanda Greda.

- Ce n’est pas un caillou ! C’est la Pierre Sacrée tombée du ciel, fragment du sol divin lui-même. Touchez-la donc.

Greda s’exécuta.

- Eh bien, cela ressemble fort à une météorite. Très belle, cela dit. Et que faites-vous exactement pour votre culte ?

- Une fois par an, nous tournons autour cinq fois dans le sens des tourbillons.

- Pourquoi cinq ? Et pourquoi dans ce sens ?

- Parce que Némès l’a ordonné.

- Et que demande-t-il d’autres ?

- Les poules sont impures. Nous n’en mangeons pas.

- Impures ? Pourquoi ?

- Parce que Némès l’a dit, répéta Mirabella avec un sourire confiant.

- Pourtant, s’il a créé tous les animaux, il aurait pu éviter les poules ou les rendre pures, non ?

- C’est pour nous mettre à l’épreuve.

- Mais Dieu, je veux dire Némès, ne sait-il pas déjà tout ?

- Bien sûr qu’il sait tout ! Passé, présent et futur...

- Alors il n’a pas besoin de vous tester, murmura Greda, avant d’être interrompue par un fracas retentissant.

- Qu’est-ce que c’était ?

- L’appel à la prière. Six fois par jour, notre prêtresse bat les tambours sacrés pour nous rappeler à nos obligations.

- Je vois, enfin j’entends. Et que priez-vous ?

- Némès, naturellement. Il a besoin de nos prières.

Greda cligna des yeux.

Un Être parfait qui a besoin de quelque chose.

Un égrégore culturel, probablement, pensa-t-elle en griffonnant quelques notes.

- Dites-moi, pourquoi les hommes et les femmes sont-ils séparés ?

- Oh, parce que les femmes sont supérieures, voyons ! Les hommes sont impurs.

- Eux aussi ?

- Tous ! Ils ont des pensées impures. C’est pour cela qu’ils portent tous un masque qui trouble leur vision.

- Je me demandais justement pourquoi ils portaient un masque.

- Si vous restez un peu, nous vous trouverons un mari !

- Oh non, merci. Je suis déjà mariée.

- On peut en avoir plusieurs, vous savez.

- Un seul suffit largement, croyez-moi. Je pense avoir observé tout ce qu’il me faut pour ma thèse. Merci pour votre hospitalité.

Mirabella s’inclina profondément.

- Revenez quand vous voulez, Dame Greda. Et que Némès veille sur vous !

- Merci. Je saurais retrouver mon chemin.

Sur la route du retour, elle ne se perdit qu'une seule fois. Elle soupira, rangea son carnet et murmura :

- Je pense que j’aurai mon diplôme sans la moindre difficulté.




jeudi 25 décembre 2025

"Les Signes"

Cette histoire est un petit cadeau pour un ancien membre.

Un homme discute avec sa femme.

- J’ai regardé la compatibilité des couples par rapport à leur signe astrologique.

- Ah oui ? Et alors ?

- Eh bien... pour nous, ce n’est pas ce qu’il y a de mieux.

- Ahah ! (elle rit) Explique.

- C’est même catastrophique. Apparemment, une Vierge et un Lion, ça donne des étincelles... mais pas du genre feu d’artifice romantique. Plutôt du genre incendie de cuisine.

- (sourire) Donc si je comprends bien, on est condamnés à s’engueuler.

- Exactement. Moi je suis têtu comme une mule, toi fière comme une reine... En gros, le ciel dit qu’on ne devrait même pas être capables de se supporter plus de dix minutes.

- (elle croise les bras) Intéressant. Et ça fait combien de temps qu’on est ensemble ?

- Trois ans.

- Et combien de fois tu as essayé de fuir, Monsieur “têtu comme une mule” ?

- (il baisse les yeux) Aucune.

- Voilà. Tu vois, les astres exagèrent toujours.



mercredi 24 décembre 2025

"Le Traîneau électrique"

« Père, père, le traîneau est en panne. »

Le père Noël leva les yeux au ciel.

« Ah ça, je le savais. Que passer à l’électrique allait nous causer des problèmes. »

Le lutin se tortilla.

« Il faut vivre avec son temps, père. »

« Vivre avec son temps au mépris du réalisme, ça n’a aucun sens. Je vous avais prévenus. Les véhicules électriques n’aiment pas le froid. »

Le lutin soupira.

« On avait les avantages de l’État. On a cru faire une bonne affaire. »

« Vous avez cédé à la propagande, mes enfants. L’ancien traîneau a fonctionné pendant des siècles. Pourquoi changer ce qui marche ? »

« On a voulu bien faire. On voulait sauver la planète. »

Le père Noël se pencha vers lui.

« Et en quoi un traîneau magique tiré par des rennes peut nuire à l’atmosphère ? »

« Aucun tort, père. Vous avez raison. »

« Bien. Sortez les rennes de l’étable. J’ai une nuit de travail devant moi. Le monde a-t-il perdu tout bon sens ? »



mardi 23 décembre 2025

"Un Rêve Trop Grand"

- Tu ne vas pas y aller. Je te l’interdis.

- Tu ne peux pas m’interdire quoi que ce soit. J’y vais si je veux.

- Je dis ça pour ton bien, mon chéri.

- Pour mon bien ? Alors que tu veux m’empêcher d’accomplir mes rêves ?

- Des rêves trop grands pour toi ! Tu n’as aucune chance.

- Aucune chance ? Dis tout de suite que je suis moche.

- Mais tu es moche, mon chéri. Tu es un troll des marais, et même parmi les trolls, tu fais partie des plus laids. Et ce n’est pas une mince affaire.

Le troll croisa les bras, vexé.

- Ça sera aux juges d’en décider, pas à toi.

- Je suis ta femme, je suis très bien placée pour juger.

- Je préfère l’avis d’un professionnel.

- Tu t’es déjà regardé dans un miroir, au moins ?

- Jamais. Où veux-tu que je trouve un miroir dans un marais ? 

Elle soupira, puis fouilla sous un tas de roseaux secs.

- Eh bien... je ne voulais pas te le montrer, mais j’en possède un.

- Sans blague ? Toi ? Tu as un miroir ?

- Oui. Il est tombé d’un carrosse il y a des années. Je l’ai gardé.

Elle lui tendit le miroir.

Le troll s’y regarda et poussa un hurlement.

- OH PAR LE CRAPAUD ROYAL ! Mais qui est ce type dans le reflet ?

- C’est toi, mon chéri.

Il resta muet quelques secondes.

- Et moi que je voulais participer à un concours de beauté des humains...

- Ne t’en fais pas pour ça. Pour moi, tu seras toujours Monsieur Marais.




lundi 22 décembre 2025

"Crocs & Orcs, l'expérience culinaire"

Balinor Forgefeu n’avait pas toujours été critique gastronomique. Pendant trois siècles, il avait forgé des haches dont la simple évocation faisait trembler gobelins, trolls et comptables nains au moment de régler l’addition.

Puis, un jour, fatigué du vacarme des enclumes, il s’était découvert une passion inattendue : goûter tout ce que la Terre du Milieu pouvait produire de comestible ou prétendument comestible.

Depuis dix ans, il arpentait chemins, cités et tavernes, son carnet de notes toujours dans la poche intérieure, juste à côté de quelques feuilles elfes utiles pour les digestions délicates. Sa plume, célèbre dans les sept montagnes, était réputée pour son franc-parler et son absence totale de diplomatie.

Ce jour-là, Balinor arrivait à Minas Tirith, où une auberge attira aussitôt son attention :

CROCS & ORCS Spécialités de la Moria à la Mordorienne

Le nain s’arrêta net.

- Des spécialités orcs ? Marmonna-t-il. Les orcs mangent des choses autres que des voyageurs imprudents ?

Poussé par la curiosité, il poussa la porte.

L’ambiance était particulière.

Des crânes animaux, probablement, ornaient les murs. Des torches vacillaient dans un brouillard étrange, et une odeur qui évoquait le fond d’un marais du Mordor.

L’auberge étant entièrement vide, un serveur à l’air absent l’invita à choisir la table de son choix : ce qui, vu l’offre, n’était pas difficile.

- Qu’est-ce que je vous sers ?

- Je découvre la cuisine orc, alors le plat du jour fera l’affaire.

- Ah ! Vous avez de la chance : aujourd’hui c’est du Gounash. Entièrement comestible.

- Comment ça, entièrement ?

- Disons que certains jours, il vaut mieux avoir un estomac solide. Mais je vous rassure, nous n’avons eu que trois décès depuis le début de la saison.

Balinor déglutit, mais fit signe d’amener le plat. Après tout, il avait survécu à la traversée du Mordor en mangeant des racines non identifiées. Il survivrait bien à un déjeuner.

Dix minutes plus tard, on posa devant lui une sorte de pâté jaunâtre, couvert d’épices rouges.

L’odeur le frappa aussitôt. Un parfum de terre humide et de champignons rancis, rappelant étrangement les fossés pestilentiels de Cirith Ungol.

Mais Balinor Forgefeu n’était pas du genre à reculer.

Il prit une cuillère et goûta.

Il faillit tomber de sa chaise.

- Vous êtes sûr que ça se mange ?

- Les orcs en mangent.

- Je m’en serais douté, oui.

Courageux  ou suicidaire Balinor termina le Gounash. Non sans transpirer, grimacer, et envisager sérieusement un testament.

- Alors ? demanda le serveur, plein d’espoir.

- Je suis vivant, répondit Balinor, ce qui était le meilleur compliment qu’il pouvait faire.

Il régla la note, sortit pour respirer l’air pur de Minas Tirith, et sortit son carnet.

Il nota soigneusement, à côté du nom Crocs & Orcs :

0 œil de Sauron

(notation minimale à réserver aux amateurs d’expériences périlleuses)

Puis il ajouta en marge :

“A éviter, sauf si l’on souhaite revoir toute sa vie défiler avant le dessert.”

Et il reprit sa route, décidé à découvrir de nouvelles cuisines...



dimanche 21 décembre 2025

"Le Théâtre ? Quel gâchis !"

Gromph et Brakka sortaient de la salle, l’air aussi sombre que les cavernes du Mordor.

Des spectateurs humains pleurnichaient d’émotion.

Eux, ils grognaient de rage.

Gromph :

- C’était nul.

Brakka :

- Nul ? C’est un compliment ! On s’est fait avoir comme des gobelins.

Gromph :

- Les morts étaient simulé. On se moque de nous. On a vu clairement que personne n’a été éventré.

Brakka :

- Les acteurs n’ont aucun courage. Aucun honneur. Pas capables de mourir sur scène.

Gromph :

- Et le sang ! On en parle du sang ?

Brakka :

- Du faux. Rouge clair. Pire que de la soupe d’elfe végétarien.

Gromph :

- Le couteau, t’as remarqué le couteau ?

Brakka :

- J’ai des yeux, merci. Une lame rétractable ! Comme les jouets pour enfants orcs !

Même mon petit neveu de trois ans, a mieux que ça.

Gromph :

- Et le viol !

Brakka :

- Quoi le viol, c’était simulé ?

Gromph :

- Bien sûr ! Tout simulé ! Ils ne font jamais rien pour de vrai ces gens-là !

Pas une goutte de sueur, pas un os cassé, pas même un hurlement sincère.

Brakka :

- Mais c’est quoi cet art dramatique ? Où est le drame ?

Chez nous, quand la pièce s’appelle "La Tragédie du Fort Saignant", tu peux être sûr qu’il reste des morceaux sur scène !

Gromph :

- Exactement ! Là, rien. 

Ça manque de tripes. Littéralement.

Brakka :

- Trop c’est trop. Je vais demander à être remboursé.